" Le Nord, disait en 1782 Court de Gébelin, a toujours été merveilleusement disposé à se réformer ". Au XIe siècle, les Cathares firent beaucoup de prosélytes en Artois ; en 1235, le premier inquisiteur général nommé pour toute la France, Robert le Bougre, fait brûler plusieurs hérétiques de Douai, Cambrai, Elincourt, etc.. Le grand mouvement religieux du XVIe siècle trouva dès le début en Picardie un terrain des plus favorables ; un peu partout un grand nombre de personnes sortirent de l'Eglise catholique romaine pour revenir à ce qu'elles jugeaient étre la pure doctrine de la Bible et la tradition de l'Eglise primitive. Parmi les premiers martyrs et défenseurs de la Réforme, plusieurs sont picards : le gentilhomme Louis de Berquin, brûlé à Paris en 1529; les savants Lefèvre d'Etaples et Olivetan, traducteurs de la Bible en français, etc. Calvin naquit à Noyon en 1509 et fut titulaire de la cure de Marteville près Jeancourt, sans qu'il semble d'ailleurs y avoir jamais exercé ces fonctions (1527-1529).

La Réforme, partout latente, dut être sinon importée, du moins encouragée en Vermandois par des protestants venus des régions voisines, la Thiérache et le Cambrésis : il y en avait à Landouzy dès 1525, à Cambrai dès 1541. Après avoir longuement examiné cette question nous sommes arrivé à la certitude que les premières Eglises du Vermandois furent, comme on disait alors, " dressées ", c'est-à-dire régulièrement constituées avec ministres de la parole de Dieu, anciens et diacres, aussitôt après (sinon peut-être avant) le premier synode national de Paris et la paix de Cateau-Cambrésis (1559), et surtout après l'édit de janvier 1562. C'est ainsi qu'en 1566 on allait "  prendre la cène " à Prémont dans une sorte d'enclave du Cambrésis. Au Câtelet, rendu à la France en 1559, une Eglise fut établie sans doute vers l'époque où la sanglante répression des assemblées protestantes au Cateau (1567) força les réformés du Cambrésis à se joindre, pour leurs réunions, à ceux de Vermandois, relativement plus libres. En tout cas lorsque l'Eglise est rétablie au Câtelet en 1592, les époux et parents mentionnés sur les registres portent des noms bibliques qui ne laissent aucun doute qu'il y eût déjà, une trentaine d'années auparavant, des deux côtés de la frontière franco-espagnole, beaucoup de familles huguenotes.

Les habitants des environs de Nauroy ont donc pu aller au prêche d'abord à Prémont, ensuite au Câtelet. Nous connaissons seulement (de 1592 à 1599) quelques-uns de ces derniers. lls formaient des groupes assez importants au Câtelet et dans les localités voisines : Beaurevoir, Gouy, Bony, Villers-Outréaux, et d'un autre côté à Prémont avec Brancourt, Elincourt, Malincourt ; enfin à Bohain, qui fournit le plus fort contingent : c'était une étape importante sur la grand'route du commerce et des idées entre Paris et les Pays-Bas.

2. - Le régime de l'Edit de Nantes

Cependant aucune de ces localités ne fut choisie lorsque l'Edit de Nantes (1598) donna aux réformés de Picardie le droit d'avoir un lieu d'exercice public dans cette région : pour être plus près de Saint-Quentin on choisit, sur les terres de la famille protestante d'Aumale, Lehaucourt.

C'est là que se réunirent jusqu'aux approches de la Révocation des assemblées atteignant parfois le chiffre de trois mille communiants. "  Tous les hérétiques des lieux circonvoisins, dit un Mémoire de 1665, s'y viennent rendre ; ... plusieurs viennent s'establir dans Saint-Quentin, si bien que dans peu de temps ils pourront esgaller le nombre des catholiques".

La collection des registres de baptêmes, mariages et enterrements faits par les pasteurs de Lehaucourt n'est pas complète (1599-1617; 1668-1685); on y trouve mention de nombreux " quartiers " ou sections de paroisse ; le Câtelet, Villers-Outréaux, Malincourt, Beaurevoir, Bohain, Brancourt, Hargicourt, Templeux-le-Guérard, etc. Mais nulle part il n'est question de Nauroy.

Voici donc un premier point établi : le protestantisme à Nauroy même ne remonte pas directement aux origines, très anciennes, de la Réforme en Picardie au XVIe siècle ; il ne date pas non plus des développements très considérables de l'Eglise de Saint-Quentin sous le régime de l'Edit de Nantes, relativement favorable pendant la première moitié du XVIIe siècle. Les premiers protestants vont paraître à l'époque des persécutions.

CHAPITRE II

LES NOUVEAUX CONVERTIS SORTIS DU CATHOLICISME APRÈS LA RÉVOCATION

1. - Notes topographiques et historiques sur Nauroy, la Boîte à Cailloux et les environs

Quelques remarques géographiques aideront à l'explication de ce fait curieux. Nauroy (aussi écrit Norroy, Nourois ou Nouroy) se trouve sur un dos de terrain entre les sources de l'Escaut et divers vallons s'abaissant jusqu'à la Somme ; bien que l'altitude soit peu considérable, elle est cependant l'une des plus élevées de la région, et sépare les bassins de la mer du Nord et de la Manche. Toute cette région était autrefois couverte par la forêt d'Arrouaise. Un peu au nord passait la frontière entre la France et les Pays-Bas espagnols. Nauroy était dans le diocèse de Noyon, mais tout près de l'archevêché de Cambrai ; dans l'élection de Saint-Quentin, mais tout près de celle de Péronne. Maintenant, de même, les départements du Nord et de la Somme touchent de ce côté à celui de l'Aisne.

La route de Saint-Quentin au Câtelet par Lehaucourt - aujourd'hui un chemin creux dit " la vieille route de Cambrai " - ne traversait pas Nauroy, mais passait à l'est ; (la route nationale actuelle passe à l'ouest, par Bellicourt). Nauroy se trouvait un peu en dehors des tournées ordinaires des diverses autorités: évêque, police ou soldats. Par contre, on peut suivre facilement sur la carte une ligne de routes, de chemins et de simples "  voyettes " qui, parallèle à la frontière (et sur la lisière de l'ancienne forêt) part de Bohain pour aller dans la direction de Péronne en passant par Brancourt, Montbrehain, Ramicourt, Joncourt, Nauroy, Bellicourt, Hargicourt,Templeux. Or, toutes ces localités sont précisément de celles où aujourd'hui encore il y a des protestants. En maint endroit la route profonde creusée par le passage séculaire des charrois n'est visible que lorsqu'on arrive sur le " crinquet " ou talus, et se prête admirablement à des va-et-vient secrets. Enfin telle partie de cette ligne - derrière Montbrebain par exemple - porte ce nom significatif : le chemin des Huguenots.

Et en effet la tradition constante, en plusieurs de ces endroits, dans les anciennes familles protestantes, souvent apparentées les unes aux autres, est que, dans les temps passés, hommes et femmes (celles-ci " relevant leur jupe pardessus leur tête ") allaient, de tous les villages, dans cette même direction .... où cela? aux réunions de la Boîte-à-Cailloux.

La Boite-à-Cailloux est une dépression de terrain naguère encore boisée et aujourd'hui labourée, sur le terroir d'Hébécourt (Somme), entre Templeux, Jeancourt et Hargicourt, chefs-lieux actuels de trois paroisses réformées. Nous avons trouvé dès le XVIe siècle et pendant tout le XVIIe des protestants aux deux extrémités de la ligne ci-dessus tracée ; ils allaient alors au culte au nord (au Câtelet) ou au sud (à Lehaucourt) ou à l'est (Prémont, Bohain) : c'est à l'ouest qu'au temps de persécutions on se réunit, dans des régions moins fréquentées. Or il fallait passer par Nauroy. On partait par petits groupes, à la tombée de la nuit, de Bohain ; ceux de Brancourt se joignaient à eux ; à Montbrehain, parmi les protestants, à Nauroy, parmi les catholiques, il y avait des amis ou parents, hôtes chez qui on prenait un moment de repos, on chantait quelques psaumes, à mi-voix, peut-être... Et eux aussi, un jour, suivaient plus loin, à travers les bois ; et après avoir assisté aux réunions de la Boite-à-Cailloux, s'ils n'étaient pas (ce qui arrivait quelquefois) des espions ou des traîtres, plusieurs revenaient " retournés ", convertis. Tandis que l'expression officielle nouveaux convertis s'appliquait aux anciens protestants, les vrais nouveaux convertis c'étaient ces anciens catholiques qui avaient le courage de se joindre à l'Eglise persécutée, l'Eglise sous la croix.

2. - La Révocation

On sait avec quelle rigueur on sévit, de toutes les manières et particulièrement dans les provinces frontières, contre les protestants, même avant la Révocation. Dès 1683, l'exercice du culte fut interdit à Lehaucourt. Par un placet au roi, de janvier 1685, "  le sieur Malesieu, capitaine du Castelet, demande, en considération des pertes qu'il a souffertes pendant les guerres, et de ses services [peut-être pour avoir abjuré lui-même, ou procuré des abjurations ?], la confiscation des biens du sieur Abraham Enoc et d'autres religionnaires de la ville de Saint-Quentin qui ont quittez le royaume pour allez s'establir en Angleterre, conformément aux édits et déclarations du Roy ".

Un avis envoyé de Saint-Quentin à l'intendant d'Amiens, Chauvelin, le 18 septembre 1685, porte : " Ceux de la R. P. R. prennent toutes sortes de précautions pour assurer leur bien et le porter dans les endroits où ils ont la liberté de leur religion... Une bonne partie a pris le chemin du Cateau et de Cambrai ", Chauvelin répond au contrôleur général, le 24 octobre : " On fouille ceux que l'on arreste et l'on leur prend tout leur argent et jusques aux moindres hardes, de sorte que, quand ils sont en prison, ils n'ont pas de quoy avoir du pain, etc, "

Pendant les années qui suivirent 1685, un grand nombre de protestants picards se réfugièrent à l'étranger ; ceux qui restaient en faisant semblant de se convertir, aidaient leurs coreligionnaires à passer la frontière en leur servant de guides et en leur offrant l'hospitalité ; voici ce qu'en dit un rapport au lieutenant général de la police : "  A Saint-Quentin ils y entrent les jours de marché dans la confusion du moment. Et y étant ils ont une maison de rendez-vous où ils se retirent, et où les guides viennent les prendre, Pour les faire sortir ils s'habillent en paysans et paysannes, menant devant eux des bêtes asines... Ils viennent les prendre dans les passages où sont donnés les rendez-vous, la nuit, et principalement quand il fait fort noir, ou lorsqu'il pleut bien fort, parce que cela leur fait un grand bien pour la conduite. "

3. - Les réunions de la Boîte-à-Cailloux (1691)

Enfin, en octobre 1691 un pasteur originaire de Vervins, émigré après la Révocation, puis revenu d'Angleterre, Gardien Givry, arriva à Saint-Quentin: c'est lui qui passe pour avoir tenu les premières réunions à la Boite-à-Cailloux, bien qu'il ait pu y en avoir d'autres avant lui, en l'absence de tout pasteur. Quatre députés de sept villages vinrent le prier de passer chez eux, parce qu'ils voulaient abandonner le catholicisme. Le dimanche suivant un de ces députés mena Givry dans un vallon où étaient 500 personnes, de 110 familles catholiques. Tous déclarèrent qu'ils voulaient abjurer. " Après ces déclarations, il prêcha dans cette assemblée depuis neuf heures du soir jusqu'à minuit, à la lueur des feux et des flambeaux; mais il ne voulut pas pour cela recevoir leur abjuration, afin qu'ils n'eussent aucun sujet de dire qu'on les avait surpris. Il les remit au dimanche suivant, et l'assemblée s'étant faite au même endroit et à la même heure, il essaya de faire comprendre à tous ses auditeurs les avantages de la R. P. R.; et en même temps les dangers temporels auxquels s'exposaient ceux qui demandaient à la suivre. Mais tous ayant répondu qu'ils ne voulaient plus être de la communion de Rome, il reçut toutes leurs abjurations, et ne voulut point cependant les admettre à la Cène, parce qu'ils n'étaient pas assez instruits. Il n'a pu se souvenir que du nom de Templu, qui est un des sept villages, ayant oublié les six autres ; mais il dit que tout le monde sait à Saint-Quentin que les habitants de ces sept villages ont abjuré la religion catholique dont ils faisaient profession ".

Les deux historiens qui ont examiné de plus près la question conjecturent que ces sept villages étaient, outre Templeux-le-Guérard, Lempire, Hargicourt, Jeancourt, Vendelle, Nauroy et Montbrehain, ou peut-être le Ronssoy. Ils croyaient que ces villages ne renfermaient aucun protestant avant la Révocation: cependant la tradition locale, au commencement de notre siècle, renfermait des indications contraires, conservant vaguement le souvenir de deux sortes d'éléments dans la composition des Eglises : " Depuis plus de cent ans, écrivait-on en 1806 à Rabaut le jeune, il y a des réformés à Hargicourt qui ont professé ouvertement notre religion, ainsi que dans les villages circonvoisins, C'était sans doute un résidu que Dieu y avait conservé après la Révocation de l'Edit ".

Ces centaines d'abjurations eurent un grand retentissement ; les autorités s'en émurent : " Comme Sa Majesté, écrit aux évêques de Noyon et d'Amiens, le secrétaire du roi, a connu qu'on pourrait empêcher ces perversions et réunir sincèrement les nouveaux catholiques, si les évêques s'appliquaient à connaître les conducteurs des protestants aux lieux où les exercices ont été faits, et à les gagner par des récompenses et bienfaits de Sa Majesté, elle m'a ordonné de dire à l'intendant de conférer avec vous sur ce qu'il y a à faire, et de vous écrire que vous ne pouvez rien faire qui lui soit plus agréable que d'empêcher ces perversions ",

Givry fut arrêté à Paris en mai 1692 et enfermé à l'île Sainte Marguerite : mais les assemblées continuèrent. Les intendants Bossuet et Chauvelin reçurent de vifs reproches : " Sa Majesté a appris avec étonnement qu'un tel désordre soit arrivé dans votre département, sans que vous en ayez été averti ; Elle m'ordonne de vous dire que vous ne devez rien négliger pour en empêcher le progrès, voulant que vous fassiez dès à présent arrêter le nommé Potel, de Templeux, qui est marqué comme un des plus coupables, et que vous m'informiez des noms des six ou sept autres qui le seront le plus, afin que, suivant l'avis que vous me donnerez, on les fasse arrêter et mettre où vous jugerez à propos. A l'égard des autres il faut que vous employiez les voies de la douceur pour tâcher de les ramener, et leur faire connaître leur égarement, ainsi que le danger auquel ils se sont exposés de pouvoir être sévèrement punis comme relaps ",

4. – Rapports officiels sur les protestants à la fin du XVIIe siècle

Les anciens et nouveaux protestants, malgré ces rigueurs, n'en continuèrent pas moins à se réunir : en 1695 ils furent visités par le pasteur du Désert Claude Brousson, martyr trois ans plus tard. Le recueil de ses sermons, intitulé la Manne Mystique, dans des éditions de ce temps, se trouve encore chez quelques familles. Cependant, il faut admettre qu'en 1700 beaucoup étaient partis, ou inconnus, car l'intendant Bignon ne compte plus qu'une centaine de religionnaires de ce côté : 18 à Templeux, 12 à Heudicourt, 3 à Bernes, 13 à Hargicourt, 60 à Jeancourt. Un autre document de la même époque nous apprend que " Monseigneur l'évêque de Noyon, accompagné d'un grand nombre de missionnaires, alla faire des visites dans tous les lieux de son diocèse qui étaient infectés du poison de l'hérésie ; la miséricorde de Dieu répandit tant de bénédictions sur ses travaux, ses charités, ses prédications et ses conférences, que les hérétiques firent abjuration de leurs erreurs entre ses mains, et continuèrent à remplir leur devoir quelque temps. La guerre étant survenue, les plus malintentionnés prirent ce prétexte pour cesser tous les exercices de la religion catholique ".

Sur notre région ce Mémoire ne contient que les indications suivantes : " La paroisse de Jeancourt est composée de 360 personnes dont il n'y a presque que la moitié de véritables catholiques, quoiqu'ils soient tous de parents catholiques ;... plusieurs assistent assez souvent à la sainte messe et se raillent des cérémonies de l'Eglise ; ils se rangent tout au bout de l'église ; où ils font des postures indécentes ; quelques-uns se trouvent en des assemblées qui se tiennent la nuit, où on lit des lettres qu'ils reçoivent de Hollande de la part de quelques ministres, en forme d'exhortation ".

" Paroisse de Hautcourt, Jean Clément, valet de meunier, âgé de cinquante-cinq ans, natif de Brancourt, et Madeleine Toffin, sa femme, native de Hautcourt, anciens catholiques, ne vont point à l'église, et sont pervertis... Le nommé Jean, valet de charrue, et Daniel Target, lieutenant du village, répandent partout des discours contre la religion.

" M. le marquis de Le Hautcourt demeure ordinairement à Villers-Hautereau, diocèse de Cambrai; il est toujours hérétique et très opiniâtre ".

CHAPITRE III

HISTOIRE DES FAMILLES PROTESTANTES DE NAUROY D'APRÈS LES REGISTRES CATHOLIQUES

DE 1684 A 1758

1. - Observations générales

C'est précisément à ces années troublées de la fin du XVIIe siècle que remontent les plus anciens actes de l'état-civil conservés dans les archives municipales de Nauroy. Le premier registre porte bien sur la couverture : 1686 à 1719 ; malheureusement l'année 1687 est incomplète et les suivantes, jusqu'en 1692, n'y figurent plus. Cette coïncidence confirme singulièrement ce que nous avons dit sur les abjurations en masse, ou les retours au protestantisme, dans les sept villages mentionnés en 1691, et sur les perturbations profondes apportées dans tout le pays par le succès des réunions de la Boite-à-Cailloux.

Les seuls actes conservés pour 1687 sont des baptêmes qui s'arrêtent après cette mention. " Vu par nous dans le cours de nos visites, ce 27° de may 1687. (Signé : François de Clermont ?)." C'est sans doute la tournée épiscopale signalée tout à l'heure ; nous n'avons pas trouvé trace d'autre visite faite à Nauroy depuis cette époque par l'évêque de Noyon.

On a rajouté, dans le recueil des archives de Nauroy, deux cahiers d'un autre format pour les actes de 1684 et 1686, et un acte de 1690. En octobre 1691 parut un nouvel édit du roi sur la tenue des registres, et la série complète commence en 1692. Le curé de Saint-Léger de Noroy était alors un certain Grandin. Il est remplacé en 1693 par un jeune prêtre de vingt-huit ans, Bongendre, qui reste à Nauroy jusqu'à sa mort en 1735 et y avait peut-être été placé pour agir plus vigoureusement contre les protestants. Ceux-ci ne sont nommés qu'en 1758, mais, bien auparavant, il nous semble retrouver de temps en temps les traces de leur existence.

2. – Familles Potentier, Vatin, Bas, Courtois, Duproix, etc.

Au sud-ouest du village, sur la route de Lehaucourt, au milieu des bois, se trouvait la cense d'Etricourt.

A deux reprises, pendant l'hiver, en 1709 et 1710, le fermier Mathieu Boucher témoigne que deux personnes sont mortes " dans des sentiments véritablement chrétiens " ; un pauvre mendiant étranger, et un grenadier au régiment de Choiseul-infanterie, compagnie du roi. Que faisait-là ce soldat ? Etait-ce un simple passage de troupes, où y avait-il des garnisaires dans certaines maisons du pays ?

A Etricourt encore on voit arriver en 1715 un homme portant un des noms qui figurent dès le XVIe siècle sur les registres du Câtelet et de Lehaucourt, et existent aujourd'hui encore à Montbrehain : Etienne Potentier, fils d'Etienne et de Marie-Françoise Vatin, de Montbrehain. Il épouse Madeleine Dossu et meurt en 1738. En 1740, Antoinette Vatin, de Montbrehain, épousant Jacques Fontayne, a pour témoin Robert Boucher. En 1751, Ambroise Potentier, soldat au bataillon de Péronne, milice de Picardie, épouse la fille d'un Boucher. Nous apprenons ainsi que les parents Potentier sont morts, enterrés peut-être dans quelque jardin sans l'intervention du clergé. Le curateur est Claude Duproix, encore un nom protestant actuel, comme Vatin.

Des Vatin habitaient alors Riqueval, hameau proche de Nauroy : trois filles épousent Jean Wattebled, Antoine et Pierre Ydron, et le premier de ces mariages est fait par " maître Philippe Brinay ", un prêtre étranger à la paroisse, peut-être un missionnaire (3 juillet 1693). Une petite Wattebled meurt en 1705 à cinq jours sans que nous ayons vu son baptême. Puis ce nom ne reparaît plus qu'une fois jusqu'en 1737. Les Lesourd semblent aussi, d'après les actes de baptême, avoir caché plus d'un mariage ou décès au curé. Le même indice nous apprend qu'en 1727 Albert Loth, présent à Nauroy en 1715, était aux galères. Etait-ce pour sa foi ?

Trois noms qui reparaîtront fréquemment dans l'histoire protestante de Nauroy figurent dès l'origine sur les registres, et ensuite de moins en moins : Bas, Courtois et Duproix. Ils s’allient souvent à des familles (protestantes ?) d'autres villages, ou que nous avons déjà rencontrées. En 1684, Louis Courtois, journalier, d'Hargicourt, épouse Marie Baudry; en 1686, on baptise Mathieu Courtois, fils d'Etienne. En 1693, meurt (sans indication qu'elle ait reçu les sacrements) Magdeleine Carlier, femme de Jean Bas. En 1718, François Bas épousera Elisabeth Carlier, " de Templu ". D'autres Bas s'appellent Claude, Louis, Joseph, Jacques, lsidore. C'était alors comme aujourd'hui une nombreuse famille (plus de la moitié des chefs de familles protestantes actuels portent ce nom à Nauroy, et presque toutes les autres leur sont apparentées). Les Duproix sont plus rares. En 1706, Jean laisse veuve Marie Dossu et François épouse Jeanne Dossu. En 1712, on voit par le baptême de Claude Lesourd que son père Claude avait épousé (où ? et comment?) Marie-Anne Courtois. Cette énumération, en rapprochant souvent les mêmes noms, nous laisse soupçonner l'existence latente d'une petite communauté sur laquelle le clergé avait les yeux. Pour le décès de ses membres, le curé allonge la formule ordinaire... " Après avoir reçu les sacrements de pénitence, d'eucharistie et d'extrême onction " ; il met quelquefois : " mort dans des sentiments chrétiens "... quand il ne supprime pas toute mention de ce genre, et pour cause : ainsi lors de l'inhumation de Catherine Vitasse, femme de Jean-Louis Bas, en 1735, et d'Antoinette Bas, âgée de soixante-quinze ans, en 1740...

En 1735, brusquement, les enfants de ces familles sont qualifiés illégitimes : " Marie-Françoise fille illégitime de Louis Bas et de Magdeleine Fontaine, ses père et mère [expression inusitée] ". De même pour Jacquot Lesourd, fils d'Alexis et de Madeleine Charlet, A peine après avoir introduit cette formule, le curé meurt, et en 1736 son successeur, peut-être parce qu'il ne distingue pas encore bien entre ses paroissiens, baptise " Marie-Magdeleine, née en et de légitime mariage de Louis Bas et de Magdeleine Fontaine ". En 1739, une Lesourd épouse encore un homme de Montbrehain : Charles Carez. En 1742, Jean-François Duproix épouse Magdeleine Bas. Jean-Baptiste et Denis Boucher sont " amis du marié ". En 1756, Joseph Fontaine épouse Anne-Catherine Courtois, fille des défunts Claude Courtois et Anne Dudebout, dont nous n'avons pas vu le décès enregistré. De même en 1757 nous apprenons par le baptême de leur fille Marie-Hélène le mariage hors de Nauroy de Pierre Courtois et Reine Vitasse. Où ? et quand ?

Ces points d'interrogation résument l'impression que laisse cette première partie des registres catholiques de Nauroy, de 1684 à 1758. Les protestants n'ont encore été nommés nulle part, mais on les sent partout : quelques nuances de rédaction, quelques rapprochements de dates et de lieux, nous ont permis de reconnaître à coup sûr sinon tous les individus, du moins les principales familles : dans les hameaux d'Etricourt et de Riqueval, où ils avaient pu être moins inquiétés, les Vatin, Wattebled ; à Nauroy même les Bas, Courtois, Duproix, Fontaine, Vitasse. Nous les avons vus, les Courtois et Duproix surtout, recourir de plus en plus rarement aux cérémonies catholiques, allant sans doute chercher au loin le pasteur... enfin nous avons constaté des relations assez fréquentes avec les groupes protestants de Montbrehain (Potentier, Vatin, Dossu), Hargicourt (Courtois), Templeux (Carlier). Le chiffre des baptêmes qui pendant longtemps reste étrangement supérieur à celui des inhumations (voir appendice II) peut s'expliquer en partie par le fait que les nouveaux-nés de familles protestantes étaient baptisés par le curé, en exécution des édits du roi, tandis que les vieux huguenots étaient encore enterrés secrètement.

Tous ces indices sont bien en harmonie avec ce que nous apprend l'histoire générale.

3. - Nouvelles persécutions après 1724

Le protestantisme dans le Nord de la France a fait preuve au XVIIIe siècle d'une remarquable vitalité ; attendant avec une espérance inébranlable la venue de jours meilleurs, les "  nouveaux convertis " de 1685, les prosélytes de 1691, et leurs descendants, n'ont cependant pas participé aussitôt que le Centre et le Midi à la réorganisation des Eglises par les " Synodes du Désert " ; ils n'ont point eu la visite d'un Antoine Court ; mais ils ont eu à souffrir, comme tous les autres, du redoublement de persécution qui suivit la déclaration du roi de 1724, la plus rigoureuse qui survint entre la Révocation et la Révolution.

" Aussitôt, disait Louis XV, que. Nous sommes parvenu à la Majorité, notre premier soin a été de Nous faire représenter les Edits pour en renouveller les dispositions et enjoindre à tous nos officiers de les faire observer avec la dernière exactitude... I. Défendons à tous nos sujets de faire aucun exercice de Religion autre que de la Religion Catholique, et de s'assembler pour cet effet en aucun lieu et sous quelque prétexte que ce puisse être, à peine contre les hommes des galères perpétuelles, et contre les femmes d'être rasées et enfermées pour toujours dans les lieux que nos Juges estimeront à propos, avec confiscation des biens....

" II. Ordonnons à ceux qui ont cy-devant professé la R. P. R. ou qui sont nez de parens qui en ont fait profession, de faire baptiser leurs Enfans dans les Eglises des Paroisses où ils demeurent dans les vingt-quatre heures après leur naissance..." (sous peine d'amende et même par de plus grandes peines.

V. " Voulons qu'il soit établi autant qu'il sera possible des Maîtres et Maîtresses d'Ecole dans toutes les Paroisses où il n'y en a point, pour instruire tous les Enfants des principaux devoirs et mistères de la R. C. A. et R., les conduire à la messe tous les jours ouvriers, etc ".

La Déclaration fut appliquée très strictement en Vermandois ; on peut lui attribuer l'augmentation notable des actes enregistrés par le curé de Nauroy les années suivantes (Appendice II). En 1727, l'évêque de Noyon signale sept villages très pauvres, les sept mêmes à peu près qu’en 1691, " où la religion se perd par la perversion " et où il faudrait élever des maisons d’école : Brancourt, Jeancourt Hargicourt, Montbrehain, Vendelle, Templeux, Ronssoy. Mais il ajoute que " les habitants s'opposent à l'établissement " de ces écoles. En effet les conversions au protestantisme continuaient en pleine persécution ; dans tel village (Jeancourt) la messe n'était pas célébrée pendant six mois, les deux tiers des habitants ayant cessé d'être catholiques et les autres étant divisés entre eux.

Les autorités saisissaient toutes les occasions de poursuivre. Voici un cas curieux et amusant relevé dans l'inventaire des procédures criminelles à Laon : un religionnaire est condamné en 1729 pour avoir " chanté dans les rues, à une noce de prétendus réformés, une chanson commençant par ces mots :

" Les abbés vont souvent chez vous, Iris,

Qu'y vont-ils faire ? "

et avoir dit aux violons :

" Vous jouez comme les curés chantent ".

La déclaration de 1724 renouvelant les rigueurs de la Révocation, produisit naturellement les mêmes effets : il y eut un nouvel exode des protestants du Nord. " Il sort tous les jours de Picardie et des frontières de cette province des familles entières qui sont vivement persécutées" ; ainsi s'exprime une lettre adressée en août 1725 au synode hollandais de Leeuwarde. Le synode " exhorte toutes les Eglises d'envoyer leurs charités à l'Eglise de Tournai afin qu'elle soit en état de recevoir ces fidèles, et de leur fournir de quoi se transporter avec leurs familles dans les pays protestants ".

L'Eglise de Tournai ! c'est en effet là qu'il faut maintenant chercher de nouveaux éclaircissements sur l'histoire des protestants de Nauroy au XVIIIe siècle.

CHAPITRE IV

LES VOYAGES A TOURNAI

I. - Les Eglises de la Barrière

La première partie de ce travail avait déjà été rédigée d'après les registres catholiques de Nauroy lorsqu'a paru une précieuse publication qui confirme et complète les résultats auquels nous avait déjà amené cette étude : les registres des baptêmes, mariages et inhumations faits dans les églises wallonnes de la Barrière : Tournai, Armentières, Menin, Ypres et Namur.

Les Provinces-Unies avaient fait insérer des clauses sauvegardant la liberté de conscience dans tous leurs traités signés avec diverses puissances aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les troupes hollandaises occupaient notamment depuis 1715 certaines villes formant comme une barrière entre la France et les Pays-Bas autrichiens. Dans plusieurs de ces villes, entre autres à Tournai, furent ouverts des lieux de culte où les aumôniers prêchaient non seulement en flamand, mais aussi, et quelques-uns exclusivement, en français. Ces derniers reprirent un titre qui paraît s'être appliqué depuis le XVIe siècle aux protestants de Saint-Amand et des environs : pasteurs de l'Olive, surnom mystérieux désignant l'Eglise persécutée. Dès les premières années les habitants français de la frontière et même de régions éloignées, accoururent en foule aux prêches. Ce mouvement fut assez important pour qu'on en informât le pape ; il s'en émut et écrivit à Fénelon, alors archevêque de Cambrai. Voici la réponse du prélat (28 mai 1711) : " Il est vrai, très saint Père, qu'une multitude innombrable se rend chaque dimanche des villages dans les villes et aux camps, pour entendre les discours des hérétiques et proclamer ouvertement son adhésion à la secte ; mais il est certain que, avant l'invasion du pays par les troupes hollandaises, ils étaient secrètement hérétiques et avaient été élevés dans l'hérésie de Calvin. Ce sont les restes de la secte de ce pays, qui ont feint depuis cent vingt ans d'être catholiques, et ont trompé la vigilance de l'Eglise par la plus honteuse hypocrisie en recevant les sacrements qu'ils haïssent ".

2. - Les Mariages à Tournai

C'est précisément pour ne plus recevoir ces sacrements catholiques, du moins ceux du mariage et de la messe, que les protestants du Vermandois, imitant ceux du Cambrésis, se rendirent dans les Eglises de la Barrière. Il n'y a dans les registres aucun acte de baptême concernant les familles de Nauroy ; le fait s'explique aisément par la rigueur des édits du roi, la grande distance, et aussi par l'article de la confession de foi réformée déclarant que " l'efficace du baptême ne dépend pas de celui qui l'administre ", en sorte qu'en continuant à faire baptiser leurs enfants par le curé, les protestants de Nauroy pouvaient obéir au roi sans faire violence à leur conscience.

Mais quant au mariage, il fallait à tout prix éviter la confession et la messe. Dès 1696, Brousson conseillait de se tenir pour marié " après avoir passé un contrat de mariage, fait publier les bans par un huissier, et demandé acte de cette union au juge du lieu ". Les synodes avaient formellement interdit de contracter mariage devant un prêtre. L'ancienne discipline, comme aussi les règlements nouveaux, là où on en avait pu formuler et appliquer, prescrivaient aux fidèles de ne pas différer d'aller demander la bénédiction de leur mariage " dans la compagnie des fidèles, par le ministère des pasteurs, et non autres " : cet article de la discipline avait précisément été rappelé en 1755 par le colloque de Haute-Normandie, le plus voisin de notre région. Il semble que les règles en usage dans les églises de France quant aux attestations, annonces, etc., furent observées autant que possible dans l'église de Tournai.

On y célébra, entre gens venus de Nauroy (Nourois, Noroy) 28 mariages dans l’espace de 23 ans. Nous reproduisons ci-après les deux premiers actes, mentionnant deux frères et deux soeurs mariés le même jour :

" Le 13 septembre 1755 ont été mariez dans nôtre Eglise Pierre Courtois et Marie-Reine Vitasse, tous deux demeurant à Noroy, Election de Saint-Quentin et Généralité d'Amiens.

" Le 13 septembre 1755 ont été mariez dans nôtre Eglise Claude Courtois et Françoise-Anne Vilasse, tous deux demeurant à Noroy, Election de Saint-Quentin et Généralité d'Amiens ".

Les autres actes libellés de même que nous résumons en appendice concernent les familles Bas, Vatin, Le Sourd, Potentier, Malézieux, Fontaine, Louchart, Leclercq, Idron, Daudré, Généraux, Bauduin, Duproy, Charlet, Watbled. Il y a plusieurs alliances avec des personnes de Templeux, Hargicourt, Jeancourt, Vendelle, Ronssoy, Bertaucourt, Bohain ; les secondes noces sont fréquentes.

3. – Les membres de l’Eglise de Tournai

Plusieurs des hommes et femmes mariés à Tournai figurent avec beaucoup d'autres (en tout cinquante-deux) sur la " liste des membres de l'Eglise wallonne hors de Tournay ", c'est-à-dire des personnes qui, venant assez souvent au prêche et participant aux sacrements, étaient considérées par les pasteurs comme faisant partie de leur troupeau : 29 hommes et 23 femmes de Nauroy sont ainsi mentionnés tantôt isolément tantôt par petits groupes, avec des protestants de villages voisins : Hargicourt, Templeux, etc. Nous en donnons la liste complète plus loin. Elle paraît dater de 1762 pour la plus ancienne partie, qui relate les abjurations de 1741 ; et elle renferme un dernier nom de Nauroy en 1775. Les adhésions isolées de néophytes et les noms nouveaux sont plus nombreux ces dernières années, comme si l'exemple des plus anciens protestants avait enhardi une à une d'autres personnes à se joindre à eux (Dauville, Giles, Lomon ou Lamand, le Fevre, Toffin). Et c'est bien ainsi en effet que les choses se passaient, d'après les traditions de famille.

On raconte qu'on prenait, pour " aller à Tournay " deux paires de sabots : l'une pour aller, l'autre pour revenir. Car le voyage était long (une centaine de kilomètres ! ) et en certaines années où la persécution était plus vive, on n'était assuré ni d'arriver à Tournai ni de revenir à Nauroy. En 1732, le duc de Boufflers, gouverneur de la Flandre, averti que beaucoup de protestants allaient prendre la Cène à Tournai, établit un cordon de troupes le long de la frontière avec ordre de les laisser passer à l'aller... Au retour, " le second jour de Pâques ", on arrêta plus de deux mille personnes. Un " état de ceux qui font profession de la R. P. R. en l'élection de Péronne, et qui vont au prêche à Tournay par la route de Cambrai, Vicogne et Saint-Amand " dressé en 1731, mentionne des protestants de Ronssoy et Templeux (Dron, Douen, de Rancourt ou Drancourt). Un état semblable pour l'élection de Saint-Quentin, porterait peut-être dès cette époque des noms de Nauroy. Pour le moment, la liste des membres de l'Eglise hors de Tournay, rédigée après 1751, étant plutôt de l'année 1762, la plus ancienne date certaine où l'on constate la présence de gens de Nauroy à Tournay reste celle des mariages Courtois-Vitasse : 1755.

CHAPITRE V

LES PROTESTANTS DE NAUROY DE 1758 A 1778

1. - Formules diverses employées dans les actes par les curés

" Tantôt ils étaient déguisés en ouvriers de ferme allant aux champs, porteurs d'une fourche, d'un râteau ou d'une bêche. Tantôt ils ressemblaient à des marchands ambulants, ayant sur l'épaule un ballot de toile ou sur le dos une hotte garnie de marchandises diverses ".

Suivons maintenant les pieux pèlerins sur le chemin du retour. On remontait la vallée de l'Escaut, plutôt à travers les forêts, en évitant les grandes villes comme Cambrai où l'archevêque était trop redoutable; mieux valait s’arrêter dans les environs de Saint-Amand par exemple, à Lecelles, dans quelques maisons huguenotes où l'on conserve aujourd'hui encore les traditions d'une large hospitalité. Et, revenus à Nauroy, reprenons l'étude des registres tenus par le curé, après cette année 1755.

A partir de 1758 et jusqu'en 1787 où les protestants reçoivent, par l'édit de tolérance, un état-civil régulier et distinct, leur existence est attestée tantôt par l'usage formel du mot " protestant " (de 1758 à 1761, et après 1769), tantôt par l'emploi d'expressions plus ou moins infamantes, et non plus seulement ambigües comme celles relevées précédemment. Les curés de Nauroy, comme ceux de toute la France, étaient naturellement fort embarrassés pour qualifier une situation anormale, et les variations de leur vocabulaire reflètent assez exactement, dans ce petit coin de Picardie, les alternatives de rigueur et de tolérance dans le gouvernement et l'opinion publique.

Les historiens les plus compétents fixent vers 1744 l'époque à laquelle les protestants recommencèrent à faire bénir leurs mariages par des pasteurs, et vers 1754 celle où l'autorité civile, pour remédier à une situation juridique intolérable, facilita implicitement les mariages protestants à l'étranger. A Nauroy, les mots " père et mère " et " protestants ", ne sont employés ensemble, pour désigner les parents d'enfants légitimes, qu'à partir de juillet 1758. Encore n'en était-il pas de même dans toute la Picardie, à Parfondeval, par exemple.

Voici le premier acte de ce genre qui figure sur les registres de Nauroy : il concerne deux personnes mariées en effet à Tournay, le 26 février précédent (Appendice III) :

" L'an de grâce mil sept cents cinquante huit, le 9e jour de juillet est né aujourd'hui DE ET EN LÉGITIME MARIAGE et a été baptisé par nous, curé soussigné, Marie-Suzanne fille d'Amant Bas et de Jeanne Vatin, PROTESTANTS, garçon mulquignier audit lieu. Le parin Jean-Louis Dégremont, fils de Louis Dégremont et d'Angélique Baudoin, mulquinier audit lieu, la mareine Marie-Chaterine (sic) Bas, fille de feu François Bas et de deffunte Marie-Chaterine Baudoux, fileuse audit lieu. De ce interpellés de signer les parein et mareine ont déclaré ne sçavoir écrire. Fait double à Norroir, les jour et an que dessus. [Signé :] d'la follie, curé de Norroir ".

Dès l'année suivante, en pareille circonstance, ledit curé rétracte aussitôt sa formule libérale, dans un acte qui nous apprend du même coup le décès du père, un Potentier qui, à treize mois d'intervalle, était allé faire bénir son premier, puis son second mariage à Tournai :

"  L'an de grâce mil sept cents cinquante neuf, le 17e jour de mai, est né de et en légitime mariage [raturé, et, en interligne, au-dessus : " de père et mère mariés en l’église protestante ", ce qui est répété à la fin de l'acte avec la mention " renvoi approuvé ", et la signature du curé] et a été baptisé par nous curé, soussigné, Pierre Romain, fils de feu Romain Potentier et de Marie-Hélène Vitasse, vivant mulquignier en cette paroisse. Le parein a été Siméon Idron fils de Thomas Ydron et de Marianne de Rumigny, garçon mulquinier audit lieu, la mareine Marie Catherine Boucher, fille de Jean Baptiste Boucher et de Catherine Malezieux, aussi mulquinier audit lieu. De ce interpellés de signer, les parein et mareine ont signé avec nous. Fait double les jour et an que dessus. [Signé :] Boucher, Ydron, d’ la follie, curé "

Deux mois après, la formule change encore dans les actes suivants (que nous résumons en appendice V) : les mots père et mère sont omis, mais le lieu du mariage est mentionné par le curé, soit qu'on lui présentât un des certificats du consistoire dont nous avons parlé, soit que le fait s'explique simplement par la notoriété publique et une sorte de possession d'état : " Le... a été baptisé N., fils de N. N. mariés en l’église protestante de Tournay ".

Une fois, en 1760, le curé met seulement : " mariés ensemble ". François Bas et Marie Miroux n'étaient donc probablement pas allés à Tournay : les registres nous apprennent seulement le second mariage de F. Bas en 1763 (App. III) ; avaient-ils été mariés par un pasteur du désert, ou pardevant notaire... ?

On surveillait évidemment d'assez près, conformément aux édits, la naissance des enfants de parents réputés protestants : ils sont presque toujours présentés au baptême le jour même, au plus tard le lendemain. Et si les parents habitent d'ordinaire une autre commune, le curé n'en fait pas moins observer la règle en prenant pour parrain et marraine les premiers venus et en se contentant des déclarations de la sage-femme (ce n'est pas sans cause que la profession de sage-femme avait été dès 1680 réservée aux seules catholiques ! ) :

" L'an de grâce mil sept cents soixante, le 16e jour d'avril, il nous a été présenté par Anne Dupon, sage-femme demeurante à Bellicourt, un garçon à baptiser quelle nous a ditte être né dans cette paroisse par accident et être fils de la nommée Marie-Elisabeth Pilois, mariée en l’église protestante de Tournay avec le nommé Elie Trocmé laboureur à Hargicourt, depuis deux mois... ".

Les renseignements sont d'une exactitude minutieuse, car cette femme (d’Etreux) avait en effet été mariée le 17 février :

" On lui a imposé le nom de Joseph-Daniel et le parein a été Pierre-Joseph Plateaux, cabartier, demeurant audit lieu, la mareine Marie-Magdeleine Lomon, épouse dudit Plataux.., etc. ".

Dans les registres des inhumations, des formules analogues montrent que les protestants commençaient à la même époque (1759) à recourir aux services du curé pour faire enterrer leurs enfants dans le même cimetière (sinon peut-être dans le même endroit ni avec les mêmes cérémonies) que les catholiques :

" L'an mil sept cents cinquante neuf, le 23e jour d'aoust, est décédée Marie-Reine âgée d'environ un mois, fille de Louis Bas et de Marianne Daudré, mariés en l’église protestante de Tournay, garçon mulquinier audit lieu, et l'inhumation de son corps fut faite dans le cimetière de cette paroisse par nous, curé soussigné, en présence de témoins qui ont signé avec nous. Fait double les jour et an que dessus. [Signè :] Cornu [qui semble avoir été à cette époque le clerc séculier de la paroisse], Ydron, d’ la follie, c. de Norroir ".

Après quatre ans de répit, l'année 1762 marque la transition vers une nouvelle période d'intolérance, au moins dans les formules. Un acte d'abord non daté applique à des protestants enregistrés comme tels les années précédentes, la mention (omise ces années-là) : de et en légitime mariage. Un second la supprime. Un troisième après les noms du père, puis de la mère, ajoute en marge : " sa femme, renvoi approuvé ".

En 1763, brusquement, paraît, infligée aux enfants de ces mêmes personnes, une double qualification infamante qui n'était pas usitée pour les naissances naturelles (assez rares d'après nos registres) quand la mère était catholique :

" L'an de grâce mil sept cents soixante trois, le 16e jour de juin est né aujourd'hui et a été baptisé par nous, curé soussigné, Pierre-Etienne fils illégitime du concubinage d'Amant Bas, mulquignier audit lieu, et de Marie-Jeanne Vatin, etc. ",

Jusqu'en 1770 la formule employée dans 26 baptêmes et trois actes d'inhumations est fils ou fille du concubinage de, etc., et, une ou deux fois; du concubinage public. Ces mots sont biffés et les mots : "  sa femme ", ajoutés sur plusieurs actes, avec cette mention en marge : " approuvé le renvoi et les ratures en exécution de l'arrêt du 7 mars 1778 ", et un paraphe : c'est la conséquence d'une importante affaire dont nous parlerons bientôt.

Ce changement de dispositions de la part du curé semble avoir eu deux effets contraires : d'une part il y a tel enfant qui meurt sans que ses parents l'aient fait baptiser : le 27 janvier 1762 Jean, fils de Jean-Charles Vatin et Marie-Joseph Daudré. D'autre part tels membres de familles protestantes meurent " après avoir reçu les sacrements de l'Eglise ", par exemple, le 14 octobre 1762, Jean-Louis Bas, âgé de soixante-six ans. Il est vrai qu'il était " époux en seconde nopce de Marie-Jeanne Dubois ", et que sa femme a pu le faire rentrer dans le giron de l'Église romaine.

Quelques années avant (1769) on rencontrait des mentions comme celle-ci : Jean-François Guille, décédé le 17 mars " sans avoir été muni des sacremens, le curé n'ayant point été appelé ".

En 1769, le curé reprend la formule de 1758 : " N. N. protestants ", à propos de l’inhumation d’un petit garçon de quinze jours, non baptisé. Les années 1770 à 1778 offrent successivement et même alternativement dans les registres de baptêmes, une étonnante variété d'expressions et de périphrases, où le nom du père, qui ordinairement précède celui de la mère, est tantôt mis après, tantôt même (1774) omis ; avec ou sans commentaires dans ces divers cas :

" N. fils de P. et M. " (sans la mention : de et en légitime mariage ; L, LI, LII),

" N. fille de P, et M., laquelle fille est née de gens qui vivent hors du sein de l’Eglise (XLVII) ",

" N. née dans la religion protestante et fille de P, et M. (XLVIII) ".

" N. né de M. " (LVII, LVIII),

" N. né de M. le père absent " (LIV, LV),

" N. fils de P. qui étant présent au baptême s'est lui-même déclaré père et a reconnu ledit enfant pour son fils, en présence des parrain et marraine ; et de M. ". (LVI, LIX),

" N. né de N. et de P. qui étant présent au baptême (id.) " (LX, LXI, LXII),

Les registres d'inhumations présentent beaucoup moins d'actes rédigés d'une façon anormale (7 au lieu de 72, en vingt ans). Un assez grand nombre d'enfants en bas-âge (Malezieux, Fontaine, Vitasse, etc.), dont nous avons signalé les baptêmes (App. V), sont enterrés sans observation par le curé. La plupart des protestants étaient sans doute inhumés " en terre profane ". Les membres âgés de familles déjà relevées meurent rarement " avec les sacrements de l'Église " ; tel, cependant, Claude Duproix, à soixante-douze ans (21 février 1777). Remarquons que les diverses branches de la famille Bas, si fréquemment citées d'après nos registres pendant la période antérieure à 1758, sont de moins en moins représentées dans les actes enregistrés par le curé.

Dans les actes de mariage, une seule trace de protestantisme, mais assez intéressante : un vieux père, veuf, donne - hors de l'Église - et pardevant témoins son consentement au mariage de son fils, lequel n'est pas qualifié protestant et épouse certainement une catholique :

19 septembre 1775 : " Entre Louis-Joseph Bas, mulquinier, âgé de trente-deux ans, fils d'Etienne Bas, aussi mulquinier, qui, ne venant pas à l’église attendu qu’il professe la religion prétendue réformée, m'a donné son consentement de vive voix en présence de Pierre Marin, mulquinier, et de Félix Berlémont, munier, qui ont signé; et de Magdelaine Landry, ses père et mère, de cette paroisse ; - Et Marie-Thérèse Noque, etc. ".

Ce consentement paternel et ce mariage ont eu lieu aussi tard que possible (et, j'imagine, après bien des discussions) : mais toutes les exigences du curé ayant été ainsi satisfaites, il enregistre, cinq mois après, le baptême d'un petit Joseph-Etienne Bas (10 février 1776) comme " fils légitime ".

Le vif désir d'obtenir pour leurs enfants cette qualification, ou du moins une formule équivalente, fut l'origine d'une démarche de plusieurs familles de Nauroy et d'une procédure judiciaire terminée en 1778 qu'il nous faut étudier maintenant, après avoir rappelé les circonstances de l'histoire générale auxquelles elle se rattache,

2. - La restauration des Eglises

La " restauration " des Eglises dans le Vermandois eut lieu entre les années 1763 et 1769 et peut-être d’abord, comme en 1692, près de Templeux. " Il y a plus de quarante ans, écrivait-on en 1806 à Rabaut le Jeune, qu'on exerce à Hargicourt le culte public ", Dès 1766, le pasteur Charmuzy (que les Picards appellent parfois Charles Moisi) écrivait à un ancien de la Brie ces conseils qu'il donna sans doute à plus d'une Eglise renaissante :

" Il faut aller tout doucement dans les commencements et ne pas trop se précipiter si l'on veut réussir. Je crois que vous feriez fort bien à présent de ne pas vous assembler régulièrement, mais seulement de temps en temps; car je crois que vos ennemis sont en grand nombre et qu'ils épient de près vos démarches. Vous comprenez sans doute que si vous ne vous assemblez pas régulièrement, ceux qui cherchent à vous nuire ne le pourront pas si facilement ; vous pourriez même vous contenter dans vos pieux exercices de lire les psaumes, de crainte que vous ne soyez découverts en les chantant ".

Tout en recommandant la prudence aux autres, Charmuzy ne craignait pas de s'exposer lui-même ; il fut arrêté à Nanteuil les Meaux le jour de Pâques 1770. Son successeur Jean-Baptiste Briatte qui fut, à notre connaissance, le premier " pasteur du Désert " originaire de ces régions, était d'un village proche de Nauroy : Serain. Peut-être est-ce le jeune proposant dont cinquante-six chefs de famille picards demandaient en 1766 l'admission au séminaire de Lausanne. Rien de pareil, dit Court de Gébelin, ne s'était vu depuis longtemps ; et deux ans plus tard Paul Rabaut écrit : " Un proposant arrivera bientôt dans la Picardie, et c'est un grand sujet.

Peut-être y eût-il ainsi pendant les années 1768, 1769, 1770, une première période où les protestants purent en quelque mesure jouir des bienfaits d'un ministère régulier : il n'y a pas, pendant ces années-là, un seul mariage célébré à Tournay entre gens de Nauroy (app. III).

En 1770 le comte de Saint-Florentin ordonne l'arrestation des ministres qui prêchent auprès de St-Quentin et les premières nouvelles que nous ayons sur l'histoire du protestantisme à cette époque sont une fois encore des nouvelles de persécutions. Briatte était allé à Versailles même et aurait couru de grands dangers si l'on avait su qui il était, ainsi que cela ressort du seul fragment que nous connaissions de la correspondance échangée entre lui et ses amis (11 janvier 1772) :

" Votre nom, lui écrit-on de Versailles, est en horreur ; vous êtes écrit sur le livre rouge... Je vais travailler à vous remettre en bonne odeur auprès du ministre [la Vrillière], et vous, travaillez de votre côté à faire cesser totalement vos assemblées... Le ministre a dit que, si cela ne finissait pas bien vite, on en appréhenderoit plusieurs au corps, et qu'il les envoieroit aux galères pour donner exemple aux autres ".

Cette lettre est signée Goui : ce n'est évidemment pas un véritable nom de personne comme paraissent l'admettre MM. Rossier et Douen, mais une désignation conventionnelle empruntée à un village voisin de Nauroy.

Si, comme cela est très probable, les protestants avaient dès cette époque recommencé à se rassembler à Nauroy. même, ils furent persécutés comme ceux d'Hargicourt, de Templeux, de Caudry (1772) après la tournée des pères missionnaires chargés de réagir contre les " assemblées générales " tenues par un prédicant vêtu " d'un habillement rouge foncé " sans doute Briatte.

" Jusqu'à l'édit de 1787, écrivait plus tard M, de Vismes, menaces, amendes, arrestations, emprisonnement, infamies même envers la personne des morts, tout fut employé pour dissoudre ces Eglises s'il eût été possible qu'elles le fussent ".

Un consistoire tenu à Lemé le 30 septembre 1772 reconnaît " M, le ministre Briatte pour notre vrai et légitime pasteur ". Il s'engage à visiter les Eglises de ce canton " deux fois par année " (et Nauroy figure sur les registres de Lemé parmi les lieux où il exerça son ministère, ainsi qu'au temps de ses successeurs). Mais, dans ces Eglises à peine réorganisées, tous les fidèles n'acceptaient pas sans conteste l'autorité du nouveau pasteur : les uns reçoivent " un imprudent qui s'ingère dans le troupeau du Seigneur sans vocation ", nommé Loreille; les autres continuent à aller à Tournay où les choses ne se passaient plus toujours aussi régulièrement que naguère :

" Vu les inconvénients des mariages bénits à Tournay, jusque-là que M. Dulignon, par un étrange abus de son ministère et au mépris de l'ordre, admet à cet état des personnes de religion contraire, et même des protestants qui méritent les plus sévères censures, les fidèles seront exhortés à faire bénir leurs mariages par le pasteur de ces Eglises ". On a conservé quelques-unes des attestations sur papier timbré que " Briatte, Mtre D. S. E. (Ministre du saint Evangile), donnait aux époux.

Pour l'instruction religieuse des jeunes gens protestants et aussi des prosélytes adultes, (surtout pour ceux, qui persistaient à aller communier hors de France), on employait un " nouveau catéchisme à l'usage de l'Eglise wallonne de la garnison de Tournay, en II parties, dont la seconde roule sur la controverse ". C'est un curieux petit volume de 48 pages, imprimé en 1772 " à Londres, chez Thomas Fritsch, dans le Stradt " (orthographe du mot Strand qui indiquerait plutôt une presse hollandaise). L'exemplaire qui m'a été donné après la mort d'un vieux protestant de Montbrehain en 1896 porte les noms de Proy Courtois ; il est broché avec une sorte de papier peint à fleurs, qui lui donne une apparence fort peu ecclésiastique, et d'ailleurs sans aucun titre qui pût attirer l'attention d'observateurs malveillants.

En tête se trouve cette intéressante recommandation :

" (N.-B.) Les personnes de Picardie qui se présentent pour être reçues chez nous à la Communion sont priées de se servir du Cathéchisme, et de s'attacher surtout à la controverse, ils doivent aussi savoir parfaitement l'Oraison Dominicale, le Symbole des Apôtres et les dix Commandements.

Ainsi conclu en Consistoire à Tournay, par les Conducteurs de l'Eglise walonne ".

Tandis que la première partie traite en vingt pages, suivant le plan ordinaire, de Dieu, de l'homme, du péché, de Jésus-Christ et des sacrements, une seconde partie, plus longue, comprend les " sections de controverse " : du service public et des pélerinages, contre l'invocation des saints, des oeuvres, du prétendu purgatoire, du pape, contre la transsubstantiation et la messe, etc. Les catéchumènes sont invités à exposer la doctrine " prétendue catholique ", puis à la réfuter par diverses citations bibliques et arguments rationnels. Par exemple :

Demande. Qu'entend l'Église romaine par la transsubstantiation ?

Réponse. Qu'après la consécration il n'y a plus de pain ni de vin dans la Cène.

Demande. Renversez ce sentiment.

Réponse. Les passages suivans le renversent de fond en comble: etc.

Les catéchumènes, dont beaucoup étaient enfants de catholiques et souvent anciens catholiques eux-mêmes, recevaient ainsi de très fermes instructions pour pouvoir défendre leur foi, mais sous une forme généralement modérée.

La même tendance, avec plus de précautions, se retrouve chez les protestants qui n’allaient plus à Tournay, et non sans une intention de protester contre le zèle compromettant de quelques néophytes. En cette même année 1772, le règlement consistorial déjà cité porte (XXIII) : "  Nous voulons nous conformer aux lois du royaume dans lequel nous vivons et aux édits du roi notre souverain, en tant qu'ils ne blessent point notre conscience ; c'est pourquoi nous ne souffrirons pas qu'au mépris de ces lois et édits, et pour donner du scandale à nos frères de l'Eglise romaine, les fidèles de notre société affectent de travailler les jours de fête, ni fassent des choses qui pourraient indisposer le gouvernement contre nous, et nous ravir la tolérance et le support dont nous jouissons. "

Cette tolérance ne fut malheureusement pas de longue durée.

Après que Briatte se fut retiré à Paris, Bellenger et surtout D'0livat, qui résidait à Hargicourt, réorganisèrent le colloque comprenant d'abord (1776) les anciens et diacres de cinq communes ; Nauroy était rattaché à ce groupe qui ne s'étendait plus comme au temps de Briatte, aux églises de la Thiérache et de la Brie champenoise; ils exercèrent leur ministère au milieu de fréquentes alertes.

" Pendant cinq à six mois de suite, les cavaliers de la maréchaussée se sont transportés, l'épée nue à la main, dans les sociétés protestantes, à Templeux, Vendeuil [Vendelles], Hargicourt, Nauroy, Jeancourt, etc..., ils ont fait aussi l'impossible pour arrêter dans les bois, dans les chemins, dans les maisons, une personne soupçonnée d'être le ministre des protestants du Cambrésis. " Ces renseignements figurent dans un Mémoire adressé au roi en 1777, par Court de Gébelin, fils du pasteur Antoine Court, établi à Paris depuis la mort de son père (1763) et qui mettait à profit ses nombreuses relations dans le monde politique et lettré pour défendre officieusement, comme " député des Eglises ", les intérêts de ses coreligionnaires.

C'est à ce titre qu'il présenta aussi en 1777 un Mémoire sur les enfants de la Picardie et du Cambrésis qualifiés illégitimes sur les registres de baptêmes.

3. - La question de la légitimité des enfants de protestants. L'arrêt de réformation du 7 mars 1778

Nous avons rappelé à diverses reprises combien était embarrassante au point de vue civil et ecclésiastique la question des mariages non célébrés par le curé, et comment l'absence de ce sacrement entraînait la contestation de la légitimité des enfants issus de ces unions, sur les actes de baptême. Nous avons vu que dès 1746 les protestants d'Essommes réclamaient, mais en vain. De même en 1762 ceux de Richaumont.

En 1766 des gens de Wanquetin mariés " pardevant le ministre de la religion P. R. à Tournay, le dimanche 15 du mois de septembre 1765, sur les 3 heures de l'après-midy " sont condamnés à " faire réhabiliter leur mariage dans les formes prescrites par les canons et les ordonnances du royaume " par devant l'ordinaire : faute de le faire dans la huitaine, cent livres d'amende à chacun, et ordre de se séparer.

En 1769 un mariage célébré au désert par Paul Rabaut est validé par le Parlement de Toulouse. C'est là un fait exceptionnel. Mais des avocats et conseillers au Parlement figurent souvent parmi les auteurs de lettres, mémoires, questions, dialogues, etc., dans la lutte engagée dès 1751 contre le clergé par les partisans de la liberté religieuse et philosophique. Cependant, parmi les cent et quelques publications retrouvées aujourd'hui, aucune, à notre connaissance ne se rapporte spécialement, par son auteur ou par son objet, au Nord de la France. Pour les protestants de ces régions, plus que nulle part ailleurs, l'intervention de Court de Gébelin fut un bienfait inappréciable.

Il fit présenter au Parlement de Paris une requête au nom de cinquante-six chefs de famille (dont trois femmes, deux qualifiées veuves) savoir: vingt-huit d'Hargicourt, onze de Jeancourt, cinq de Nauroy, douze de Ronssoy. Ils signalaient les " irrégularités et vices " qui se trouvaient dans les actes de baptêmes de leurs enfants sur les registres de ces quatre paroisses, " soit par les obmissions des noms des pères et mères légitimes, soit par l'insertion des mots illégitimes, des oeuvres, la dénomination de deux pères et autres expressions " (les deux premières étant les seules que nous avons formellement relevées sur les registres de Nauroy). Ils demandaient en conséquence que ces actes fussent réformés et qu'à l'avenir on mentionnât, suivant l'article 4 de la déclaration d'avril 1736, " le jour de naissance, le nom donné à l'enfant, ceux de ses père et mère, parrain et marraine, et ce en conséquence et conformément aux déclarations de ceux qui présenteront lesdits enfants au baptême ".

Après avoir entendu le rapport du conseiller Pommyer, la cour rendit, le 7 mars 1778, un arrêt accordant sur tous les points satisfaction aux requérants.

Cinq seulement d'entre eux étaient originaires de Nauroy : Michel Fontaine, Charles Delaporte, Claude Courtois, Charles Vatin, Louis-Joseph Vatin. On s'attendrait à en trouver davantage, puisqu'une douzaine d'autres figurent, dans des circonstances analogues, sur les registres de la même époque (App. V). Depuis 1762, date de l'acte le plus ancien dont la réformation soit ordonnée, quelques-uns étaient morts, ou avaient perdu leurs enfants, (Claude Courtois réclame pour cinq des siens : il en avait eu au moins neuf) ; d'autres enfin n'avaient pas les moyens de payer les frais d'une telle procédure (cela paraît avoir été le cas pour la famille Bas).

Dans le mois qui suivit l'arrêt, le procureur Namuroy requit en leur nom (le 14 avril) le président lieutenant général au bailliage de Vermandois de procéder à la réformation des actes visés (14 sur 72 que nous avons relevés). Outre l'exemplaire toujours déposé, conformément aux édits, au greffe du siège du bailliage, on y avait aussi apporté, en exécution de l'arrêt du Parlement, le double exemplaire des Archives paroissiales (les n° III, IV, V, de la collection actuelle). Un grand nombre de témoins étaient convoqués : parents, ou à leur défaut, frères et soeurs des défunts; parrains et marraines, ou proches parents les remplaçant pour attester qu'ils avaient rempli ces fonctions. Les onze actes dont nous donnons un spécimen montrent que presque tous avaient pu répondre à l'appel : cependant deux hommes sont " absents " : Louis-Joseph Bas depuis un an (1777), François Vatin " depuis dix ans " (1768) ; une femme de Montbrehain, Marie-Jeanne Hurtret, est " dans un état d'infirmité ". Le mot " protestant " n'est pas une fois prononcé dans ces déclarations, et il est rayé dans les actes où il figurait. Voici quelques exemples des actes: avant et après la réformation :

(10 février 1764) : " .... Marie-Joséphe-Pacifique, fille du concubinage public [rayé] de Charles Vatin, garçon mulquinier, et de Marie Joséphe Daudré [en surcharge : SA FEMME] ". En marge, en travers : Approuvé les ratures en exécution de l'arrêt du 7 mars 1778 " et un paraphe (du lieutenant général Dartois ?).

(1er septembre 1771) : " Marie-Elisabeth, fille de Charles Vatin et Marie-Barbe Caron + + protestants [rayé] et mulquinier audit lieu ". En marge : " + + SA FEMME, approuvé le renvoy, etc. ",

(25 mai 1777) : " Pierre-Joseph né de + Marie-Reine Duproix, fileuse de cette paroisse + + et de Louis-Joseph Vatin, compagnon mulquinier qui étant présent au baptême s'est déclaré lui-même père et a reconnu le dit enfant pour son fils ",

En marge : "  + LOUIS-JOSEPH VATIN, MULQUINIER, ET DE + + SA FEMME. Approuvé, etc. ".

Ces ratures, astérisques et additions marginales, qui surchargent les pages ordinairement tout unies, sautent aux yeux dès qu'on feuillette le registre. Grâce à toutes ces retouches, le texte reprend à peu près la physionomie des actes qui précédent et qui suivent. Assurément le scribe accomplissait une grande oeuvre, réparait une grande injustice, aux yeux de ceux qui l'entouraient, ce 22 avril 1778.

On peut aisément se représenter l'émotion de tous ces braves gens, " mulquiniers " et " fileuses " venus en troupe, au nombre d'une quarantaine, au siège du bailliage, quelques-uns déjà vieux, mais la plupart dans la force de l'âge, puisque l'aîné des enfants intéressés a seize ans, et plus de la moitié, de un à sept ans seulement.

Pour eux, pour les familles d'Hargicourt, Jeancourt et Ronssoy réhabilitées par le même arrêt, pour toutes les Eglises du Nord, cette année 1778 était le commencement d'une ère nouvelle, aucun mariage entre habitants de Nauroy n'est plus célébré à Tournai après cette époque : cependant il faudra attendre neuf années encore pour que le mariage des protestants soit officiellement reconnu par l'édit de tolérance.

CHAPITRE VI

LES PROTESTANTS DE NAUROY DE 1778 A 1787

1 . - L'exécution de l’arrêt

Le clergé, on le conçoit, ne se résigna pas facilement à exécuter un arrêt qui déclarait mal fondées (ne fût-ce encore qu'à moitié) ses prétentions et ses formules.

Pendant toute l'année 1778, le desservant Baroux continue à inscrire sur les registres de baptêmes les enfants protestants comme nés de une telle et un tel, " qui étant présent au baptême a reconnu ledit enfant pour son fils, etc. ".

Mais en 1779 arrive un nouveau curé, Deboux, licencié en théologie de la faculté de Paris - peut-être l'envoyait on dans cette petite paroisse, peu accoutumée à avoir pareils titulaires, pour mieux surveiller les hérétiques encouragés par leur récent succès. - Contrairement à l'usage de ses prédécesseurs, il n'indique jamais si les personnes mariées ou inhumées ont reçu les sacrements de l'Eglise. Au répertoire, fort bien fait, on trouve après divers noms, la mention : "  DE LA PRÉTENDUE RÉFORMÉE " ou : " R. P. R. " Dans les actes de baptême l'indication du légitime mariage est tantôt omise, tantôt raturée.

Pour les familles qui avaient directement bénéficié de l'arrêt de réformation - et même pour quelques autres on emploie souvent la formule rétablie sur les actes antérieurs à 1778 : " X. né de N. et N. SA FEMME ". Une fois seulement le nom du père est inscrit avant celui de la mère :

(15 mars 1779) : " Jean François, né d'aujourd'hui, d'Henriette-Susanne Bruyon, native de la paroisse de Bohain, domiciliée en celle-ci depuis environ trois ans, et de Pierre-Louis Bas, compagnon mulquinier, etc. ".

Cette année-là, sur 31 baptêmes, le tiers concerne des protestants ! Voici d'ailleurs les chiffres depuis que les registres permettent, sans aucune erreur possible, de reconnaître les actes nous intéressant :

1779 10 sur 31

1780 3 sur 20

1781 4 sur 29

1782 4 sur 28

1783 1 sur 33

1784 5 sur 27

1785 5 sur 44

1786 5

1787 6

1788 6 sur 16

Total 49

En 1783, nouveau curé, M. de Santouillet, qui, l'année suivante, emploie plusieurs fois la formule la plus explicite que nous ayons encore rencontrée en faveur des protestants :

(27 février 1784) : " Jean-François, né la veille du LEGITIME MARIAGE de Jean-Louis Lesourd, mulquinier, et de Marie-Josèphe Bas, L'UN ET L'AUTRE PROFESSANT LA R. P, R. et MARIES DANS LADITE RELIGION ".

En 1785 il y a simplement : " du mariage " ou (deux fois) " du légitime mariage de... ". Et voici qu'en 1786, pendant une absence de son collègue, le curé de Bellicourt revient aux vagues et longues périphrases ;

" Une fille présentée par Anne-Margueritte Marin, maîtresse sage-femme en cette paroisse, qui conjointement avec les parrain et marraine ci-après nommés ont dit ETRE DE Jean-Baptiste Louchard et d'Emilie Dégremont, de cette paroisse, qui fut nommée Marie-Catherine-Victoire, etc. ".

En 1787, encore un nouveau curé : avant d'adopter l'expression " du mariage " dans les actes relatifs aux protestants, qu'il note d'une croix en marge, il emploie encore, dans un acte, la formule infamante de 1774 :

" Jean-Auguste Bas, né de Louis-Joseph Bas QUI S'EST LUI-MÊME DECLARE PERE ET A RECONNU LEDIT ENFANT POUR SON FILS, et Marie-Catherine Carlier, etc. ".

2. - La situation en 1787

Ainsi malgré l'ordonnance de 1782 qui interdisait d'appeler bâtards les enfants nés de mariages faits hors de l'Eglise, le clergé, à la veille de l'édit de tolérance, revenait aux formules les plus intolérantes ; le 12 avril 1787 on écrivait de Saint-Quentin :

" Je viens d'engager M, le procureur général de ce parlement de faire cesser les plaintes des habitants du Hainaut et du Cambrésis, sur le refus que les curés font de mettre les noms de baptêmes que les pères et mères donnent à leurs enfants, et d'insérer dans les extraits baptismaux que les mariages ont été faits à Tournai par un ministre religionnaire. M. le procureur général m'a promis de faire cesser ces désordres, et il est nécessaire d'y pourvoir, puisqu'une partie de ces paysans sont revenus d'Ecosse et d'Angleterre à ma sollicitation, et que ces petites vexations les feront retourner à Londres, Aberdeen et Glasgow, d'où j'ai eu tant de peine de les avoir. En vérité, la conduite des curés me donne plus de peine que les prédicants, qui finiront par les remplacer entièrement, si les premiers ne sont pas plus sages ".

CHAPITRE VII

L'ÉDIT DE TOLÉRANCE

I . - Joie et déception

Enfin, grâce à la bienveillance du philosophe-ministre d’Etat Malesherbes, à l'intervention du général La Fayette, aux démarches du pasteur Rabaut Saint-Etienne, l'édit de tolérance fut signé par le roi le 17 novembre 1787. Suivant les expressions même du préambule : " les non-catholiques ne recevront que ce que le droit naturel ne permet pas de leur refuser : de faire constater leurs naissances, leurs mariages et leurs morts afin de jouir des effets civils qui en résultent ".

Après deux siècles de persécutions, ces premières concessions officielles parurent une immense délivrance. Dans un sermon publié sur ces paroles du psaume LXVI : " Peuples bénissez notre Dieu et faites retentir le son de ses louanges ", nous lisons : " Un édit de bienfaisance vous a mis dans la classe des citoyens ; vos unions revêtues du sceau de l'autorité seront respectées ; la veuve ne sera point chassée comme une étrangère...; vos propriétés, vos commerces sont sous la sauve-garde d'une loi émanée du Trône ! "

Cependant, comme on avait espéré l'entière liberté du culte, il y eut quelques désappointements; pour les calmer, et ménager la transition entre l'ancien et le nouvel état de choses, Rabaut Saint-Etienne rédigea une sorte de circulaire qui fut sans doute envoyée aux Eglises du Vermandois comme à toutes les autres : il y recommande de ne donner aucune marque publique de joie, de ne rien changer dans le lieu ni la forme du culte jusqu'à l'enregistrement de l'édit, de payer la rétribution accordée aux curés et juges à l'occasion des mariages, naissances et enterrements, enfin de continuer à tenir régulièrement pour chaque consistoire les registres des actes faits par les pasteurs.

Le clergé, en général, résista activement ou passivement : un évêque enjoignit, par un mandement aux curés de désobéir à la loi. Elle ne fut appliquée qu'après l'enregistrement en parlement et diverses formalités ; en sorte qu'à Nauroy, pendant les quatre premiers mois de l'année 1788, les naissances et inhumations de protestants continuent à être inscrits sur les registres du curé. Des parents viennent encore présenter le 4 avril leur enfant au baptême, et c'est la dernière fois qu'on recourt à cet ancien moyen de faire constater son état-civil.

2. – Les registres d’état-civil protestants à Nauroy

En effet, le 15 avril 1788, le bailli général des terres et seigneurie de Nauroy ouvrit deux registres actuellement reliés à la suite du VIe recueil des registres paroissiaux et ainsi intitulés:

" Registre coté et paraphé par Louis-Joseph-Eléonore Déjardin, bailli général des terres et seigneurie de Nauroy, pour servir à enregistrer les sépultures des protestants de ladite paroisse de Nauroy. A Nauroy, ce 15 avril 1788. Déjardin.

" Registre, etc…, pour servir aux baptêmes et mariages des protestants, etc… ".

Voici les deux premiers actes inscrits sur ces registres :

" Ce jourd'hui treize mai mil sept cent quatre vingt huit, pardevant nous M. Louis-Joseph-Eléonore Desjardin, avocat en parlement et au bailliage de Saint-Quentin, bailli général des terres et seigneuries de Nauroy.

Sont comparus Jean-Charles Louchard, mulquinier demeurant à Nauroy, et Jean-Charles Courtois, aussi mulquinier audit lieu, lesquels nous ont dit et déclaré que ce jourd'hui vers les trois heures du matin, Marie-Susanne Bruon, fille majeure demeurante audit lieu, NON CATHOLIQUE, tante et belle-tante desdits comparants, est décédée audit lieu, âgée de cinquante-six à cinquante-huit ans, de laquelle déclaration leur avons accordé acte et pour être procédé à l'inhumation de ladite défunte à l'endroit pour ce destiné avons nommé et nommons pour commissaire en notre lieu et place le sieur Nicolas Hinault, demeurant audit Nauroy, lequel signera ces présentes après ladite inhumation.

Fait double les jour et an susdits, et ont lesdits comparants signé avec nous après lecture faite. DESJARDIN, CHARLES LOUCHARD, CHARLES COURTOIS ".

" Et le jourd'hui quatorze mai mil sept cent quatre vingt huit, en présence de nous Nicolas Hinault, commissaire dénommé en la déclaratinn de l'autre part, le corps de Marie-Susanne Bruon a été inhumé audit Nauroi à l'endroit pour ce destiné et avons signé.

HINAUT ".

" Ce jourd'hui premier septembre mil sept cent quatre vingt huit, pardevant nous, etc., sont comparus Louis-Joseph Vatin, mulquinier demeurant audit Nauroy, NON CATHOLIQUE, assisté de Charles Delaporte, mulquinier audit Nauroy, et de Jean-Louis Bas, manouvrier audit Nauroy, tesmoins, lequel nous a dit et déclaré que de son mariage avec Marie-Reine Duproix, sa femme, et par eux réitéré au bailliage de Saint-Quentin, le vingt-six juin dernier, il leur est né le trente aoust dernier, sur les deux heures ou environ du matin, un enfant garçon duquel ladite Duproye est accouchée, qu'il a reccu baptême le lendemain trente et un et qu'il a reccu pour nom Abraham, par Pierre-Joseph Drancourt, garçon mulquinier résident audit Nauroy et demeurant ordinairement à Walincourt, et Marie-Josephe Watin, fille de Charles Watin dudit Nauroy, ses parrain et marraine. Dont acte, et ont les tesmoins signé avec nous et ledit Watin, père, fait sa marque ayant déclaré ne savoir escrire ni signer de ce enquis.

JEAN-LOUIS BAS.

+ DELAPORTE.

DESJARDINS,

L'expression officielle non catholique, employée dès 1788 dans le texte des actes, remplace en 1789 le mot protestant dans le titre des registres, d'ailleurs de tout point semblables, sauf qu'ils se composent de quatre feuilles seulement, sur papier timbré à deux sols comme les registres du curé. On avait reconnu que les seize feuilles données la première année étaient beaucoup plus qu'il n'en fallait. En effet, douze actes seulement sont inscrits sur les quatre registres des années 1788 et 1789 : 5 baptèmes, 7 inhumations, et aucun mariage (Appentlice IX).

S'il y en eut, peut-être fût-il seulement béni par le pasteur qui résidait sans doute à Hargicourt : la plupart des baptêmes semblent faits le dimanche, et en tout cas très peu de jours après la naissance des enfants.

Ces actes constatant ainsi à la fois la naissance et le baptême nous renseignent aussi sur le mariage des parents ; et nous voyons que tous les mariages cités ont été réitérés au bailliage de Saint-Quentin le même jour 26 juin 1788 : " L'édit, dit Rabaut le Jeune, répandit la joie et la consolation dans toutes les familles ; on vit bientôt les réformés accourir en foule chez les juges royaux ; on vit des vieillards faire enregistrer avec leurs mariages ceux de leurs enfants et de leurs petits-enfants ", L'un des comparants de Nauroy, Claude Courtois, le premier que nous avions vu enregistrer à Tournay en 1755, s'était remarié seize ans avant 1788. En premières et en secondes noces il avait eu au moins treize enfants.

Les déclarations de mariage étaient ainsi rédigées :

" L'an 1788.., sont comparus devant nous, en vertu de l'édit du mois de septembre 1787, N. N, lesquels nous ont déclaré qu'ils se sont pris en légitime et indissoluble mariage et se sont promis fidélité ; que de leur mariage est issu... enfants, savoir : .... Laquelle déclaration a été faite en présence de (quatre) témoins, etc. ".

Les intéressés recevaient une copie signée de l'acte.

Ce nouvel état de choses, obtenu après tant d'années d’efforts, et qui était évidemment transitoire, dura à peine deux ans. La convocation des Etats généraux fit présager de prochains changements. Les cahiers des bailliages d'Amiens et de Ham portaient : " Afin que la liberté des citoyens ne puisse être de nouveau compromise par la révocation d'une loi dictée plus encore par l'amour de l'humanité que par la politique, les députés demanderont que l'édit de novembre 1787, qui assure aux non-catholiques un état-civil en France, soit sanctionné par l'Assemblée des Etats généraux ".

L'Assemblée Constituante, dépassant ces espérances, proclama l'égalité complète de tous les citoyens (déclaration des droits de l'Homme, 21 août 1789). Les actes de l'état-civil devaient, en conséquence, être rédigés pour tous par le pouvoir civil jusqu'à la fin de l'année ; à Nauroy, comme sans doute partout ailleurs, on continue à employer les deux séries distinctes de registres : l'une pour les catholiques, l'autre pour les protestants. Mais à partir de 1790 jusquà nos jours il n'y a plus qu'une série et les actes uniformément rédigés cessent de fournir le moindre indice pour l'histoire religieuse. C'est d'après d'autres documents, généraux ou particuliers, que nous avons à étudier la réorganisation des Eglises, les lieux de culte et de sépulture à Nauroy.

3. - Réorganisation des églises

Nous avons laissé les Eglises du Vermandois au moment de leur réorganisation, vers l'année 1778 : cette date est assurément importante dans leur histoire. C'est celle où l'arrêt du Parlement ordonne la réformation des actes de baptême, celle aussi où les protestants de Nauroy cessent (conformément à la décision antérieure du consistoire de Lemé) de faire bénir leurs mariages à Tournay ; dès 1778 il n'y a plus de nouveaux noms inscrits parmi les membres de l'Eglise Wallonne. Jusqu'en 1778 également, les parents avaient dû renoncer pour leurs enfants aux prénoms bibliques chers aux huguenots ; ils devaient même souvent subir les prénoms imposés par le curé ; toutes les filles baptisées à Nauroy de 1758 à 1778, sauf une, s'appellent Marie, mais dans les actes de mariage ou de décès ultérieurs nous voyons ces mêmes personnes désignées sous leur prénom usuel, qui est toujours l'autre (Hélène et non Marie-Hélène, etc). A partir de 1778 reparaissent les noms tirés de l'ancien testament et que les curés estropient souvent : Eloi (Elie), Achari (Zacharie), Judith, Daniel, Esther.

Aucun protestant de Nauroy ne figure parmi les six anciens députés de Picardie (et particulièrement du Vermandois) avec le ministre Dolivat en 1779 à Bohain au synode des provinces de Thiérache, Picardie, Cambrésis, Orléanais et Berry. Voici les décisions de ce synode qui intéressent spécialement de petites Eglises comme celle de Nauroy :

" Une personne sera nommée dans chaque Eglise pour l'instruction de la jeunesse.

" Pour empêcher que nos sacrés mystères ne soient profanés, on rétablira l'ancien usage touchant les marques pour approcher de la Sainte-Cène, sur lesquelles sera empreinte la première lettre de l'Eglise du lieu, elles seront distribuées à l'entrée de l'Eglise, et cet usage sera établi insensiblement et par degrés dans toutes les sociétés, avant la tenue du prochain synode, sous peine de censure.

" Les colloques procéderont avec prudence contre ceux qui refusent de contribuer aux frais survenus pour persécutions, ou pour l'Eglise en général".

Le ministre Dolivat fut (ou resta) chargé de desservir Hargicourt, Templeux, Jeancourt, Brancourt et leurs annexes comprenant certainement Ronssoy, Vendelle, Nauroy, Montbrehain.

Nauroy fut ensuite desservi par le pasteur Née dont l'adresse était en 1788 : " à Saint-Quentin ou à Bohain, chez M. Delassus ".

Nous avons remarqué d'autre part qu'en cette année 1788 le pasteur résidait assez près - à Saint-Quentin ou à Hargicourt - pour qu'il pût toujours faire les baptêmes dans la semaine suivant la naissance de l'enfant (app. X), et que ce baptême avait lieu - à Nauroy ou ailleurs plutôt le dimanche, probablement dans l'assemblée des fidèles.

4, - Composition et développement de l’Eglise de Nauroy

Cette assemblée, en l'absence du pasteur, était présidée par un ancien ou un lecteur qui lisait et relisait des recueils de sermons anciens ou nouveaux. Nous ne savons qui étaient ces anciens et lecteurs, mais les traditions locales et nos divers registres laissent à penser que c'étaient plutôt des membres des familles Courtois et Duproix. Ils paraissent en effet avoir eu plus d'aisance et d'instruction que les autres, quoiqu'ils soient aussi qualifiés " mulquiniers " ou, comme traduit l'arrêt de 1778, fabricants de toiles.

Il n'y a en effet que des tisseurs et quelques manouvriers parmi les protestants de Nauroy au XVIIIe siècle. Les femmes sont fileuses. Il n'y a plus aucun cultivateur. Tous les habitants du village étaient d'ailleurs de pauvres gens. La dame du lieu, Mme de Mouchy d'Hoquincourt, y avait un receveur, Me J.-B. Leclerc, qui figure une seule fois, comme parrain, en 1774. Les registres ne témoignent qu'une seule fois du passage d'étrangers de distinction: le 4 mars 1778, baptême de " Marie-Josèphe-Charlotte-Félicité de Champrosé (sic), fille de Joseph-Laurent Champrosé, inspecteur du canal de Picardie, habitant cette paroisse depuis environ sept mois " ; parrain : M, de Lionne, directeur général des canaux de Flandre et de Picardie; marraine: Marie-Joséphe-Félicité de Monmerqué ",

C'est au milieu de ces humbles travailleurs que le protestantisme fit, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, de nombreux prosélytes. Les vieillards disent qu'au temps de leurs grands parents il y avait déjà à Nauroy beaucoup de protestants ; en 1779 ils étaient assez nombreux pour figurer dans le tiers des actes de baptêmes : en général, il est vrai, la moyenne est de 5, représentant un sixième de la population totale.

Au retour du prêche de Tournay les premiers protestants, descendants des " nouveaux convertis " de la Boîte-à-Cailloux, édifiaient leurs voisins par leurs récits, la lecture de la Bible, le chant des psaumes, l'honnêteté de leur conduite. Telle famille de plus en plus nombreuse, les Bas, paraît avoir été ainsi gagnée à cette époque. L'impression produite sur les catholiques était profonde la première fois qu'ils accompagnaient quelque ami protestant au prêche, à Hargicourt, à Tournay même, puis à Nauroy.

Ma grand'mère, me disait une vieille femme, Mme Desse, née à Serain, en 1814, alla un jour trouver le curé et lui demanda à communier sous les deux espèces. Le curé refusa, naturellement. " Dimanche, répliqua la femme, j'irai au temple. " Son mari l'y suivit, et, la première fois, " eut sa chemise toute mouillée entre les épaules par sa grande émotion ". Un autre alla dans l'Eglise catholique de Montbrehain scier la place du banc qu'il avait occupé jusqu'alors et où il ne voulait plus s'asseoir puisqu'il venait d'apprendre que le véritable Evangile était prêché ailleurs.

Cependant, à tout prendre, malgré les nombreuses familles et l'adjonction de ceux qui " abjuraient les erreurs de l'Eglise romaine ", les protestants de Nauroy ne formaient pas un des groupes les plus nombreux de la région.

De 1758 à 1789 (l'espace d'une génération) nous comptons 111 baptêmes (app. V et IX), soit, avec les enfants non baptisés, morts en bas-âge, dont les registres des inhumations nous révèlent parfois les noms, de 130 à 140 naissances au moins, pour 30 chefs de famille dont voici les noms :

· BAS Louis-Joseph, Amant, Pierre-Louis, François, Eusèbe, Jean-Louis, Louis-Joseph ;

· BAUDOUIN ;

· BOUCHER André ;

· COMONT Félix ;

· COURTOIS Claude, Pierre ;

· DELAPORTE Charles ;

· DUPROIX Albert;

· FONTAINE Michel ;

· GAVERIAUX OU GENENAUX Nicolas ;

· GRAIN Jean-Louis;

· LECLERC Jean ;

· LESOURD Jacques, Jean-Louis ;

· LOUCHARD Jean-Baptiste, Jean-Charles ;

· MALÉZIEUX Augustin;

· POTENTIER Romain;

· VATIN Jean-Charles, Pierre-Joseph, Charles-François, Alexis;

· VITASSE Alexis ;

· YDRON Simon.

Si l'on ajoute ce chiffre d'une soixantaine de parents, grands-parents, arrière grands-parents (car on vivait fort vieux) au chiffre des enfants nés pendant la même période trentenaire, on arrive au total d'environ deux cents protestants. C'est aussi celui vers lequel on arrive en comptant six personnes pour chacune des trente familles, moyenne trop faible si l'on considère que Claude Courtois eut au moins 14 enfants, Charles Vatin 9, Pierre Courtois, Louis Bas, Louis-Joseph Vatin, 6, etc.

Ce chiffre de deux cents est à peu près celui des protestants habitant Nauroy à la fin du XIXe siècle, au cours duquel des causes industrielles et économiques ont entraîné au loin une bonne partie des individus et même des familles entières originaires de Nauroy.

En présence de cet accroissement des protestants par le nombre des enfants et des prosélytes, on conçoit qu'un fonctionnaire catholique en fût venu à écrire en 1787 ces lignes que nous avons citées plus haut: " Les prédicants finiront par remplacer entièrement les curés, s'ils ne sont pas plus sages ! "

Des faits semblables, trop ignorés de ceux qui écrivent l'histoire générale, se sont reproduits dans d'autres régions. " Tous les historiens de la période du Désert constatent la conversion de catholiques au protestantisme dans le cours du XVIIIe siècle. C'est ce qui explique le nombre des protestants français à l'époque de la Révolution (où le mouvement vers le protestantisme s'arrête). On parle alors de un million au moins et de deux millions au plus. Nous admettons volontiers que le second de ces chiffres est exagéré et qu'il faut s'en tenir au premier".

CHAPITRE VIII

L'ÉGLISE DE NAUROY AU COMMENCEMENT DU XIX° SIÈCLE

(1803-1837)

1. - Le Concordat

Nous ne savons rien de l'histoire des protestants de Nauroy pendant la Révolution. En 1804, ils étaient encore 169. Lorsque après le Concordat et les articles organiques de l'An X, un décret de 1803 eut créé le Consistoire de Monneaux pour les départements de l'Aisne et de Seine-et-Marne, Nauroy fut compris dans la section d'Hargicourt où résidait depuis 1801 le pasteur Jean-Charles Matile (+ 1838). Parmi les anciens du Consistoire nous remarquons en 1816 Pierre-Etienne Bas et en 1821 Albert Duproye : ces deux noms figurent aussi comme ceux des notables représentant " les protestants de Nauroy " dans un acte de 1826.

2. - Le Réveil

Vers cette époque, le Réveil religieux commença à se faire sentir dans les Eglises du Nord où la piété avait souffert des influences philosophiques et des préoccupations politiques à la fin du XVIIIe et au commencement du XIXe siècle. M. Durell, pasteur à Quiévy (de son vrai nom Henri Levavasseur) M. Porchat, et un autre prédicateur dont on n'a pu me dire le nom, parcoururent le Vermandois, faisant des réunions d'appel : " Il passait, m'a raconté un vieillard qui avait alors une vingtaine d'années, des pasteurs à Nauroy tous les jours; on attendait que le Christ allait revenir ". Une société des missions évangéliques existait en 1828 dans cette Eglise.

3. – Création de la paroisse de Nauroy (1837)

Enfin les protestants de Nauroy eurent, pour la première fois depuis l'existence de leur petite communauté, leur pasteur à eux. Une ordonnance royale du 5 novembre 1837 créa la paroisse de Nauroy, rattachée au Consistoire établi depuis 1828 à Saint-Quentin.

Nous donnons plus loin (App. XII et XIII) la liste des pasteurs qui ont occupé le poste de Nauroy depuis 1838 ainsi que les noms des pasteurs et missionnaires nés dans l'étendue de la paroisse. La vocation de plusieurs de ceux-ci remonte au ministère du troisième pasteur de Nauroy, M. Louis Vernes, arrivé en 1841 mais qui pendant un demi-siècle après son départ en 1851 est toujours resté le " père " et le bienfaiteur de son ancienne paroisse.

Nous arrêtons notre étude historique à ce moment où la communauté protestante de Nauroy est officiellement reconnue et organisée : il nous reste à voir dans quels lieux elle avait pu jusqu'alors célébrer le culte et inhumer ses morts.

CHAPITRE IX

LES LIEUX DE SÉPULTURE DES PROTESTANTS DE NAUROY

1. - Le cimetière de Lehaucourt

Sous le régime de l'Edit de Nantes les protestants avaient leurs cimetières : la Révocation les leur enleva, comme tout le reste: il y a eu ainsi un cimetière à Lehaucourt où les protestants de la région étaient enterrés suivant la discipline " sans aucune prière ou prédication, ni aumône publique, pour éviter toutes superstitions "; les actes (dont aucun ne concerne, à notre connaissance, un protestant de Nauroy) sont signés des deux témoins qui ont accompagné le convoi " méditant selon l'objet qui se présente, tant les misères et la brièveté de cette vie que l'espérance de la vie bienheureuse ".

2. - Les enterrements secrets

Après la Révocation les protestants eurent à souffrir, jusqu'à une époque avancée du XVIIIe siècle, " même des infamies envers la personne des morts". L'un des plus révoltants exemples de cadavres traînés sur la claie est précisément celui du vicomte du Nouvion, mort sans avoir communié. Les protestants, on le comprend, n'étaient pas désireux d'exposer leurs morts à de pareils outrages en sollicitant du curé l'inhumation dans le cimetière catholique. Aussi, après 1759 seulement et jusqu'en 1788, n'avons nous relevé sur les registres de Nauroy que 20 inhumations de protestants, presque tous enfants en bas-âge, qui par conséquent n'avaient pas à recevoir le sacrement d'extrême-onction. Encore cinq ou six familles seulement recourent elles à ce moyen.

Toutes les autres font les enterrements en secret, de nuit, en présence de quelques parents ou amis très sûrs, au fond des jardins, " derrière les haies ". Ainsi en fut-il pour la plupart des Bas, Vatin, Lesourd, Courtois, Duproix. Pour les Claude Courtois les registres du curé ne renferment que deux actes, l'un après l'édit de 1787. Pour les Duproix il y a bien en 1768 une jeune fille de vingt ans, Marie-Madeleine, mais elle est " décédée subitement " (ou du moins on l'a déclarée ainsi), sans recevoir les sacrements. En 1894, les terrassiers qui creusaient, dans l'ancien jardin des Duproix, les fondations de nouveaux ateliers de M. Boudoux, trouvèrent sept squelettes rangés en ligne dans un espace d'une quinzaine de mètres, au fond du jardin, le long des haies ; il n'y avait pas trace de bois, ni de clous, ni de vêtements ; les fosses avaient été creusées jusqu'à la couche d'argile, à un mètre cinquante environ au-dessous du sol ; pour l'une d'elle seulement à soixante centimètres. Plusieurs étaient des squelettes d'enfants ; l'un des crânes présentait les dents de sagesse encore dans l'alvéole.

Le moment vint pourtant où les inhumations de protestants, toujours faites " en terre profane " furent pour ainsi dire officieusement autorisées : une déclaration du roi, donnée à Versailles, le 9 avril 1736, permit d'inhumer les corps auxquels le clergé refusait la sépulture ecclésiastique, " secrètement, sans éclat et sans scandale " ; ce n'était guère que constater l'état de choses existant déjà.

Voici comment les choses se passèrent souvent : on déclarait au curé qu'il y avait un mort à inhumer ; s'il refusait la sépulture dans le cimetière "sous prétexte que le défunt était de la religion prétendue réformée ", les parents faisaient constater qu'il était " mort et décédé de sa belle mort ", c'est-à-dire de mort naturelle. Le certificat dûment signé par " les principaux habitants " était présenté avec une requête en bonne forme au bailli, afin d'obtenir " qu'il plaise ordonner que le corps dudit... sera inhumé par un tel, que le suppliant choisit à cet effet et qui est l'huissier ordinairement employé " par exemple un sergent royal au bailliage de Saint-Quentin. Procès-verbal de l'inhumation (en terre profane) était dressé en présence des parents et témoins. Nous donnons en appendice (X) diverses pièces inédites d'une procédure de ce genre : inhumation faite à Jeancourt en 1767 en présence du garde de la duchesse d'Olonne, dame du lieu.

Lorsque les temps furent meilleurs, on pria l'un des anciens ou des lecteurs ordinaires de présider l'inhumation en faisant quelques prières et lectures de passages bibliques (aujourd'hui encore dans certaines familles de Thiérache, on continue à appeler un laïque de préférence au pasteur, pour les enterrements). En 1768, à Martigny, un nommé Pierre de Méry [ou plus probablement de Semery, nom fréquent dans la région], " octogénaire et professant le calvinisme depuis cinquante ans ", étant mort, " un calviniste du voisinage, nommé Darrest, est venu avec l'appareil d'un ministre faire, le jour et avec éclat, l'inhumation de ce défunt, a présidé au transport du corps, et, arrivé au lieu de la sépulture, a récité les psaumes et prêché à trois diverses reprises ".

Un document que nous citerons tout à l'heure montre que, du moins dans ce cas (près de Leuze), il ne s'agissait pas encore d'un cimetière spécial, quelque champ acquis à frais communs; comme ce fut le cas dans toutes les localités où il y avait un certain nombre de protestants, après l'Edit de tolérance, en vertu de l'art. XXVII.

3. - Le Cimetière actuel (1788 ?)

Pour Nauroy la seule indication que nous possédions est l'autorisation donnée, le 13 mai 1788, d'inhumer le corps d'une protestante " à l'endroit pour ce destiné ". Nous serions fort tenté de penser qu'il s'agit de la partie la plus ancienne du cimetière protestant actuel, au sud-est du village, sur une pente assez fortement inclinée le long du chemin qui descend " derrière les haies " ; nous n'avons pu recueillir aucun document sur l'origine ni la date d'acquisition de ce terrain ; mais il est fort vraisemblable que les choses se sont passées à Nauroy à peu près comme à Leuze où nous avons retrouvé deux pièces datées précisément de mai et juin 1788.

On remarquera, en les lisant, que le ministre avait réclamé dès le mois d'avril l'exécution de l'édit, et que les procureur et syndic de l'assemblée de l'élection écrivent à la Municipalité dans des termes très sympathiques aux non-catholiques, invitant la communauté (c'est-à-dire l'ensemble des habitants) à " fournir un terrain convenable et décent..., le faire enclore et limiter, à l'abri de toute insulte, tel que doit être un lieu destiné à la sépulture des hommes et DES CHRÉTIENS ". L'acquisition d'un champ est en effet faire par la communauté, une servitude de passage étant consentie par un voisin protestant ; mais la clôture sera faite aux frais des protestants, représentés par deux des leurs, lors de la signature de l'acte par le syndic et les notables.

Les choses se passèrent sans doute à Nauroy à peu près de la même manière et vers la même époque. Et depuis lors jusqu'à nos jours même, par une convention tacite, les seuls protestants ou personnes alliées à des familles protestantes ont continué à être enterrés dans le cimetière autorisé en 1788.

CHAPITRE X

LES LIEUX DE CULTE

1. – Les Maisons

Les lieux de culte sont aussi difficiles à préciser d'abord que les lieux de sépulture car on avait autant d'intérêt à les tenir secrets. Après les réunions de la Boite-à-Cailloux et pendant près d'un siècle les protestants de Nauroy paraissent s'être réunis les uns chez les autres ; et non pas hors du village, comme dans les carrières de Templeux ou les bois de Walincourt, mais dans les caves ou les chambres les plus éloignées de la rue.

D'après la tradition orale que nous tenons de divers membres des familles Bas et Courtois, et surtout de Joseph Vatin dit le père Vatin ou le Philosophe, né en 1810, mort en 1898, on se réunissait d'abord pour faire le culte chez les Duproix ; mais comme les Courtois et surtout les Bas paraissent de souche plus anciennement protestante établie dans le pays, il est probable qu'on se réunit d'abord dans quelqu'une de ces familles. Les Duproix et Courtois habitaient deux maisons voisines, en face du grand abreuvoir. On fit aussi le culte chez Charles Vatin, marié à Tournai en 1762 (et grand-père de Joseph). Sa chaumière datant du commencement du XVIIIe siècle, était sur la lisière du village au sud de la petite rue. La porte était fort basse et il fallait se courber pour entrer.

Ceux qui offraient ainsi l'hospitalité à leurs coreligionnaires, au lecteur, quelquefois au ministre, s'exposaient naturellement à être le plus rigoureusement frappés en temps de persécution : Pierre de Rancourt ou Drancourt est arrêté pour ce motif à Templeux en 1769.

2. - Les Temples. Leur emplacement

C'est de 1775 à 1778, nous l'avons remarqué, que les protestants de Nauroy cessent d'aller à Tournai, c'est-à-dire qu'à partir de cette époque - et déjà, pendant le ministère de Briatte (1771-73) - leurs assemblées furent plus régulièrement présidées par un pasteur à Nauroy même et qu'on dut songer à leur consacrer un local spécial et plus vaste.

Fut-ce d'abord, comme en maint autre endroit, une ancienne grange (ainsi à Lemé en 1780)?

La tradition locale, à Nauroy, parle plutôt d'une maison, derrière une grange, " un Temple ", affecté dès l'origine à cet usage, construit par corvées volontaires des protestants, à la fin du siècle, au temps de la Révolution. Les murs étaient en terre, paille et mortier ; la toiture en chaume. La grange qui séparait le temple de la rue grainde ou rue Obert appartenait aux Fontaine (Michel, marié à Tournay en 1764, Jean né en 1769) ; elle occupait l'emplacement de la cour actuelle du temple, en empiétant un peu sur la rue.

Un rapport adressé par le Consistoire à Rabaut le Jeune porte bien, en 1806 ; " A Nauroy.., on tient assemblée dans une maison habitée par un ménage ", mais cette indication vague, commune à toutes les localités précédentes et suivantes, peut fort bien s'entendre d'une construction spéciale contigüe au logement habité par ceux qui la possédaient peut-être au nom de l'Eglise.

Une statistique de 1828 porte "  Nauroy a un temple bâti aux frais des réformés".

A qui appartenait primitivement le terrain sur lequel, avec des agrandissements successifs, se sont élevés les divers temples de Nauroy ? C'est une question que, malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu résoudre positivement. Le plan cadastral parcellaire (section A, 1re feuille, n° 231) indique bien comme propriétaire " Nauroy, la commune du (sic) " ; mais outre que cette forme singulière peut provenir d'une faute de lecture du copiste, pour : " Nauroy, la communauté " (protestante), ce plan ne date que de 1837 ; et la tradition constante dans l'Eglise est que le temple appartient aux protestants, lesquels ont toujours payé l'assurance et n'ont reçu, pour la dernière réédification, aucun secours de la commune.

Nous pensons, par analogie avec le cas de toutes les " maisons de prières " de la région, que celle de Nauroy fut construite sur un terrain donné ou vendu aux protestants par quelque famille protestante voisine : au commencement du siècle c'est un protestant, Jean-Baptiste Legrain, qui possédait le petit jardin contigü au temple (n° 232 du cadastre) et environ une verge de terre dans la cour du temple actuel, laquelle, par une anomalie unique, ne porte sur le cadastre aucun numéro d'ordre.

Le 25 novembre 1833 Isaac Courtois acheta à M. Fontaine le terrain contenu entre le vieux temple et la rue (Etude de Me Villain, au Câtelet).

Un frère de Jean-Baptiste, Josué Legrain (ou Grain) habitait avec son gendre Richet (Pierre-François) la maison cotée 229 sur le plan, aujourd'hui détruite.

Un second temple " bâti sur l'emplacement d'une maison de prières en ruines " fut inauguré le 4 octobre 1829 et brûlé en 1833. Le troisième, inauguré le 17 mai 1834, détruit par une trombe en 1864, a fait place au temple actuel inauguré le 9 août 1868.

3. - Description du Temple

Nous avons pu recueillir quelques détails sur l'avant-dernier, qui reproduisait encore à peu près les dispositions intérieures du premier lieu de culte, comme on en peut juger d'après les temples de la fin du XVIIIe siècle ou du commencement du XIXe encore existant, souvent au fond d'un jardin, à la Cense des Nobles (Landouzy), Vendelle, Montbrehain, Lempire (Ronssoy) etc.

On entrait par le midi ; la porte était tout à l'extrémité contre le mur ouest, un pignon sans ouverture. Un passage pavé en briques posées de champ, large à peine d'un mètre, conduisait, entre deux granges, en montant, de la rue à un porche de plein cintre, surmonté d'une planche avec cette inscription : C'EST ICI LA MAISON DE DIEU, C'EST ICI LA PORTE DES CIEUX. Il y avait un petit vestibule d'où une porte, en face du porche, donnait accès dans le temple. A droite en entrant il y avait dans le mur est du vestibule une étroite fenêtre à petits carreaux par où l'on pouvait jeter un coup d'oeil dans l'intérieur et voir si le pasteur avait commencé le service.

En face la porte du vestibule il y avait quelques chaises, mais le reste du temple était rempli de bancs en bois à dos plein, à huit places. Chaque banc avait été payé à l'origine par une famille ; la propriété s'en transmettait par héritage ou. par vente à l'amiable. Plusieurs, à en juger par ceux qui restent dans le temple de Montbrehain, étaient ornés de bordures et de bras sculptés.

Les femmes s'asseyaient à gauche du prédicateur, les hommes à droite. Au bout il y avait trois bancs de chaque côté, perpendiculaires aux autres. Du côté des femmes le premier de ces bancs latéraux était occupé par des vieillards probablement durs d'oreille.

Au fond était la chaire : celle du temple actuel provient de celui de 1834. Elle était beaucoup plus élevée qu'aujourd'hui au-dessus du sol. Il n'y avait pas de ciel (abat-voix) au-dessus. Deux petites fenêtres étaient tout en haut du mur du fond, à droite et à gauche de la chaire. Cette disposition générale est à peu près celle du temple actuel de Serain.

A gauche de la chaire était un banc à deux places pour le lecteur ou les deux lecteurs qui remplaçaient fréquemment le pasteur. De l'autre côté de la table de communion, en face de la chaire, un banc demi-circulaire, à dossier, d'une dizaine de places, était réservé aux anciens, mais ils n'y allaient pas ordinairement, préférant s'asseoir sur le banc de leurs fils et petits-fils.

Les murs étaient tout unis, d'une teinte blanche bleutée et sans aucune inscription. Il y avait au nord quatre fenêtres et au midi trois. Au début il n'y avait pour les jours sombres qui viennent de bonne heure en Picardie, d'autres moyens d'éclairage que de petites chandelles fichées sur des morceaux de bois en croix, plantés dans le mur. On remarquait ceux qui, comme madame veuve Courtois, s'offraient le luxe de mettre dans le mur au-dessus de leur banc, un clou pour y accrocher une petite lampe. Il n'y avait point de chauffage dans les premiers temps. Le poêle ne fut installé qu'assez tard.

Tout simple qu'il fût, cet édifice paraissait presque beau aux protestants de Nauroy. Ceux qui ont connu le vieux temple insistaient avec émotion, en me racontant leurs souvenirs, sur ce que " c'était bien supérieur à toutes les maisons de paille " de Nauroy. C'était bien là, pour eux, " la maison de Dieu " qu'ils avaient si longtemps désirée. Aussi est-ce avec joie que deux fois par dimanche, malgré le vent et la neige, et parfois sur des échasses pour traverser " les bourbes ", ils arrivaient de bonne heure pour chanter quelques psaumes en attendant le commencement du service.

· Roi des rois, Eternel mon Dieu !

· Que ton tabernacle est un lieu

· Sur tous les autres lieux aimable.

· Mon coeur languit, mes sens ravis

· Ne respirent que tes parvis

· Et que ta présence adorable.

· Mon âme vers toi s'élevant

· Cherche ta face, à Dieu vivant !

CONCLUSION

Nous ne pouvons mieux terminer cette modeste étude qu'en signalant ce rôle du chant dans le maintien et le développement du protestantisme dans toutes les Eglises du Nord, et très particulièrement dans cette Eglise de Nauroy. Les époques où, pour ainsi dire par alluvions successives, la Réforme s'est étendue à de nouvelles familles, sont aussi celles où l'on a le plus chanté. Ces époques nous les rappelons ici : c'est vers 1562 (quand les psaumes traduits par Marot et Bèze sont encore une nouveauté) ; puis le commencement du XVIIe siècle, après l'Edit de Nantes ; puis cet étonnant mouvement après la Révocation, au temps de la Boite-à-Cailloux (1691); enfin (comme une seconde édition de ce fait) entre 1760 et 1789, surtout vers 1775, ces assemblées où les catholiques accourent en foule et se convertissent à tel point que si cela avait continué, au dire d'un fonctionnaire, les prédicants auraient presque partout remplacé les curés.

C'est à ces deux fins de siècles que remonte l'origine du protestantisme dans la plupart des familles protestantes actuelles de la région. A Nauroy, les Bas et Vatin paraissent les plus anciens, peut-être avec les Duproix ; ils sont renforcés par des familles d'autres villages protestants, auxquelle on s'allie par mariages : les Courtois d'Hargicourt, les Potentier de Bohain et Montbrehain, les Delaporte de Jeancourt, les Louchard d'Elincourt....

Eh bien, tous ces hommes qui étaient de fermes croyants étaient aussi de bons chanteurs ; et la foi s'est transmise de génération en génération, en grande partie grâce au chant des psaumes. Au temps des pires persécutions lorsqu'il n'y avait point de temple, ni même d' " assemblée " ; dans les plus pauvres familles, là même (et c'était assez rare) où l'on ne savait point épeler la Bible, l'enfant au berceau, dans la chambre maternelle, ou le grand garçon ramassant dans la cave les brins de fil du père, entendaient chanter...

Michelet a écrit, sur " cet art plus près de Dieu ", une belle page que nous citerons pour finir :

" Avez-vous vu les caves misérables de la Flandre, l'humide habitation où le pauvre tisserand, dans ce sombre climat d'éternelle pluie, envoie, ramène et renvoie le métier d'un mouvement automatique et monotone ? Cette barre qui, lancée, revient frapper son coeur et sa poitrine pulmonique, ne fait-elle rien, je vous prie, qu'un tour de fil ?... Oh ! voici le mystère. De ce va-et-vient sort un rythme ; le pauvre homme à voix basse commence un chant rythmique.

" A voix basse ! il ne faudrait pas qu'on l'entendit. Ce chant n'est pas un chant d'Eglise. C'est le chant de cet homme, à lui, sorti de sa douleur et de son sein brisé. Mais je vous assure qu'il y a plus de soleil maintenant dans cette cave que sur la place de Florence ; plus d'encens, d'or, de pourpre, que dans toutes les cathédrales de Flandre ou d'Italie... L'Eglise ne sait et ne peut chanter ; elle ne peut rien pour cet homme. Il faut qu'il trouve lui-même...

" Ce tisserand de la banlieue d'une grande ville n'a garde de chanter haut. Il est humble comme la terre, le terrier où il vit. Le noble carillon de la ville, qui réjouit les autres de quart en quart, au contraire lui sonne aux oreilles : " Tu n'es rien, tu seras battu : Tu n'as pour toi que Dieu ! "

" Dieu le reçoive donc ! Dieu entend tout et ne dédaigne rien... Hérésie musicale ! grande et contagieuse, je vous le dis. Car plus d'un, le dimanche, fuyant les cathédrales, ira furtivement surprendre aux caves ce petit chant qui fait pleurer.

" Il vous semble très doux, et il contient un dissolvant terrible, une chose qui fait frémir le prêtre, qui le brise, renverse ses tours, ses dômes, toutes ses puissances, qui nivelle la terre avec les ruines des cathédrales anéanties. C'est la réponse de Dieu au tisserand : " Chante, pauvre homme, et pleure... ta cave est une église... tu as péché, mais tu as bien souffert. Moi j'ai payé pour toi, et tout t'est pardonné ".

APPENDICES

I

NOTE SUR LE TEMPLE DE LEHAUCOURT , LA FAMILLE TARGET, ETC.

Un temple très vaste s'éleva au XVIIe siècle au milieu de Lehaucourt, tandis que l'église catholique était au nord-ouest du village. Mais telle était sans doute l'affluence des auditeurs que ce temple devint trop petit, " Jean Mettayer, ministre depuis 1623, voulut en construire un nouveau : le chapitre de Noyon s'y opposa sous prétexte qu'on en avait jeté les fondations trop près de l'église ; une ordonnance royale intervint, qui ordonna aux protestants de cesser les travaux et de retourner dans l'ancien édifice. "

Nous avons retrouvé, grâce au plan cadastral dressé en 1837, l'emplacement de ce temple et du cimetière. Chose étrange, à cette époque le sol appartenait encore en totalité à l'Hôtel-Dieu de Saint-Quentin, tandis que diverses constructions étaient possédées par des particuliers. Un abreuvoir, aujourd'hui comblé, se trouvait à l'angle, sur la place. Entre cet abreuvoir et le talus formé actuellement encore par ces terrains, plus élevés que la route, était jusqu'à ces dernières années, un tilleul de six mètres de circonférence, utilisé en 1848 comme arbre de la liberté, mais dont la plantation remontait, suivant une tradition locale, à la destruction du temple, Enfin lorsqu'en 1862 on construisit à la place du n° 400 la grange actuelle, on trouva, en creusant, à l'extrémité (vers la lettre C sur le croquis) une certaine quantité d'ossements. Plus tard, en faisant dans le n° 398 un abreuvoir couvert, et, tout récemment au printemps de 1893, en établissant des fondations vers ce même endroit, on découvrit plusieurs squelettes (entre autres celui d'une jeune fille d'environ dix-sept ans) et des clous de cercueils.

Le cimetière occupait donc certainement le n° 398 du cadastre, une partie du 400, peut-être aussi le 399. Quant au temple, il était sans doute entre le cimetière et la place. L'état des biens des consistoires nous apprend que la place où il était bâti contient 40 verges.

Ce fut dès 1683, deux ans avant la Révocation de l'Edit de Nantes, que le lieutenant criminel interdit l'exercice du culte à Le Hautcourt. Le temple fut démoli, les matériaux étant vendus pour 1110 livres, dont 600 furent affectées aux réparations de la nef de l'église. Les bancs, transportés au tribunal de Saint-Quentin, y étaient encore en 1806. Après 1685 il n'y a, officiellement, plus de protestants à Le Hautcourt. En 1700 il y en a cependant qui " ne vont point à l'église, et sont pervertis", Les registres catholiques de la paroisse Saint Géry, conservés à la mairie, datent de 1692 seulement ; la première année il n'y a que 3 mariages, 10 décès et 12 baptêmes : on y trouve un certain nombre de prénoms bibliques, et la mention fils légitime est souvent omise dans les baptêmes. Elle figure cependant pour Marie-Magdeleine fille de Daniel Target, fermier, et de Marie-Magdeleine Bruyant, baptisée le 4 décembre 1692, sept jours seulement après sa naissance. Le parrain est Jean Borgnies de Sainte-Croix, de Villers-Outréaux, précisément la paroisse où réside M. le marquis de Le Hautcourt, " toujours hérétique et très opiniâtre". Le 16 mai 1694, baptême de Pierre-Isaac Target, fils de Daniel Isaac (peut-être le même que plus haut, remarié) et Jeanne Ciglet ; en 1700 Daniel Target est signalé comme lieutenant du village, et " répandant partout des discours contre la religion ".

On n'avait pas jusqu'ici, à notre connaissance, découvert ces ancêtres du grand avocat qui, à la fin du XVIIIe siècle, défendit les descendants d'autres familles protestantes : Sirven, la marquise d'Anglure, etc.

Le 28 juin 1780 eut lieu à Nauroy le mariage de Laurent Target de Lehaucourt, avec Augustine Combelle. Un des témoins est Albert Loth, garde des bois de Mgr. le cardinal de Luynes, archevêque de Sens (archives municipales de Nauroy, registre n° VI).

II

LISTE DES NOMS DES CURÉS ET DÉNOMBREMENT

DES ACTES RELEVÉS SUR LES REGISTRES DE NAUROY

DE 1684 A 1789

· 1686 Grandin, curé

· 1692 Antoine Bongendre + 1735

· 1735 Blot

· 1740 Claude Nocque + 1754

· 175O Dathy, prêtre desservant.

· 1750 Lecaisne, prêtre desservant.

· 1753 Mignot, prêtre desservant.

· 1754 Le follie, curé

· 1772 Baroux, desservant.

· 1779 Deboux, curé

· 1783 De Santouillet ; Patin, vicaire.

· 1784 Cocu, vicaire.

· 1786 Pioleine

EXEMPLES DU NOMBRE D'ACTES RELEVÉS

Baptêmes Mariages Décès

1684 11 4 6

1686 15 3 5

1694 14 2 7

1699 12 0 5

1704 16 8 3

1714 13 3 11

1723 7 4 10

1729 17 3 13

1734 24 4 16

1740 20 5 17

1743 19 5 27

1744 19 4 6

1754 15 1 15

1759 23 6 32

1760 26 4 12

1764 24 4 8

1770   48 (max.)

1774 29 2 10

1784 27  25

1785 44 (max.)  13

1789 28  19

III

LISTE DES HABITANTS DE NAUROY MARIÉS A TOURNAY DE 1755 A 1778 Extraite des registres de l'Eglise Wallonne

· 13 septembre 1755. Pierre Courtois, Marie-Reine Vitasse

· 13 septembre 1755. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse.

· 17 octobre1756. Jaques le Sourd, Susanne Puisart (de Templeux).

· 28 mai 1757. Romain Potensier, Madelaine Charlet (de Templeux).

· 26 février 1758. Amand Bas Marie-Jeanne Vattin.

· 14 mai 1758. Jean Le Clercq, Catherine Bas.

· 11 juin 1758. Romain Potentier, veuf, Marie-Hélène Vitasse.

· 9 septembre 1718. Louis Bas, Marie-Anne Daudré.

· 5 avril 1760. Allexis Vittasse, Marie-Françoise Vatin.

· 11 septembre 1762. Charles Wattin, Marie-Joséphe Daudré

· 3 octobre 1762. Jean-Louis le Grain (de Vendelle), Marie-Hélène Vitasse, veuve.

· 10 septembre 1763. François Bas, veuf de Marie Miroux, Marie-Therresse Israel (de Ronssois).

· 17 septembre 1763. Augustin Malézieux, veuf, Marie le Beaux (d'Elmée).

· 9 décembre 1764. Michel Fontaine, Marie-Madelaine Vitas.

· 21 avril 1765. Jean-Baptiste Louchart, veuf de Marie Brion, Madelaine Bas, veuve de Jean Duproye.

· 2 mars 1766. Simeon Ydron, Jeanne-Catherine Vitas.

· 6 juin 1767. Charles-François Vatin, veuf, Marie-Barbe Caron (d'Hargicourt).

· 2 septembre 1767. Pierre Mariez (de Bertaucourt), Marie-Catherine Charlet, veuve de Félix Lomont.

· 4 février 1771. Jean-Baptiste Watbled, Marie-Barbe Leclercq.

· 3 mai 1772. Claude Courtois, veuf, Marie-Anne Duproy.

· 11 septembre 1773. Louis-Joseph Vatin, Marie-Reine Duprois.

· 5 février 1774. Charles de la porte (de Jancourt), Marie-Joséphe-Hélène Malézieux.

· 16 octobre 1774. Honoré Bauduin, Marie Le Loire (d'Hargicourt).

· 13 juillet 1776. Pierre-Louis Bas, Henriette-Susanne Brion (de Bohain).

· 4 octobre 1777. Alexis Vatin, Marianne Grain.

· 4 octobre 1777. Jean-Louis Bas, Amélie Bauduin.

· 29 juillet 1778. Nicolas Generaux , veuf de Madelaine Vitas, Judith Bas.

·

IV

LISTE DES HABITANTS DE NAUROY MEMBRES DE L'ÉGLISE WALLONNE

HORS DE TOURNAY (1751-1775)

Extraite des registres de l'hôtel de ville de Tournay,

no 360, p. 119-197 ; édition de 1894, P. 283 et suivantes.

(Après 1751).

Augustin Malesieux.

Louis Bas, Madelaine Vittasse.

Jean Duproy, Nicolas Fontaine, Alexis Vitas, Marie-Reine Vitas, Françoise-Anne Vitas, Marie-Helene Vitas, Jeanne-Catherine Vitas, Marie-Joseph Bruon, Marie-Anne D'audré, Charles Baudouin, Amand Bas.

Michel Fontaine , Jean Le Claire , Marie-Françoise Malesieux, Marie-Madelaine Vittasse, Anne-Charlotte Bas. Denis Dauville.

Etienne Bas, Etienne Bas (sic bis), Louis Bas, Nicolas Generaux, Jean-François Vittas, Romain Potencier.

Marie-Barbe le Clercq, Marie-Jeanne Vatin, Marie-Josephe Giles.

Jaques le Sourd.

François Bas.

Marie-Marguerite Brion, Marie-Françoise Watin, Ambroise Potentiez.

Félix Lamand, Anne Le Fevre, Marie-Helene Bas, Anne-Catherine Bas.

Felix Lomon.

Robert Watbled.

Madelaine Bas.

Marie-Catherine Charlet.

François Bas.

Marie-Françoise Bas.

Marie-Françoise Daudrée.

1762. Alexandre Toffin ou Thopin.

1763. Simeon Idron.

1767. Marie-Anne Duproy.

1769. Jean-Baptiste Vasbles, Louis-Joseph Vatin.

1775. Pierre-Louis Bas, Alexis Vaten, neofites.

V

RÉSUMÉ DES ACTES DE BAPTÊMES ENREGISTRÉS A NAUROY

AVEC UNE FORMULE INDIQUANT QUE LES PARENTS SONT PROTESTANTS

(1758-1788)

· 9 juillet 1758. Marie-Susanne Bas. Amand Bas, Jeanne Vatin. (Jean-Louis Dégremont, Marie-Chaterine Bas).

· 17 mai 1759. Pierre-Romain Potentier. Feu Romain Potentier , Marie-Hélène Vittasse. (Ydron, Marie-Catherine Boucher).

· 24 mai 1759. Jean-Honoré Louchar. Jean-Baptiste Loucbar, Marie-Louise Bruion. (Jean-Honoré Bas, Margueritte Malesieux).

· 2 juillet 1759. Marie-Reine Bas. Louis Bas, Marianne Daudré. (Louis Daudré, Marie-Catherine Bas).

· 18 février 1760. Marie-Joséphe Bas. François Bas, Marie Miroux...

· 17 mars 1760. Françoise-Anne Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse. (Léger Marin, Françoise-Anne Topin).

· 16 avril 1760. Joseph-Daniel Trocmé. Elie Trocmé, Marie-Elisabeth Pilois. (Pierre-Joseph Plateaux, Marie-Magdelaine Lomon).

· 21 mai 1760. Amable-Joachime Courtois. Pierre Courtois, Reine Vitasse. (Jacques-Etienne Boudoux, Marie-Rosalie Dheri).

· 1er juillet 1760. Louis-Joseph Bas. Louis Bas, Marie-Anne Daudré.

· 27 janvier 1761. Marie-Angélique Bas. Amant Bas, Marie-Jeanne Vatin. (Jean Vatin, fils de feu Charles et de Jeanne Vitasse; Marie-Isabel Vitasse).

· 30 mai 1761. Marie-Louise Louchar. Jean-Baptiste Louchar, Marie-Louise Bruion.

· 1er mars 1762. Louis-Joseph Bas. Louis Bas, Marie-Anne Daudré. (Honoré Bas, fils de feu Louis et Jeanne Dumon ; MarieMagdelaine Daudré).

· 4 octobre 1762. Pierre-Joseph Courtois, Pierre Courtois, Marie-Reine Vitasse. (Nicolas Ydron, Marie-Catherine Bas).

· 7 novembre 1762(*). Claude Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse. (Louis-Joseph Bas, Jeanne Hurtrez).

· 18 janvier 1763. Jean-Charles Vatin. Jean-Charles Vatin, Marie-Josèphe Daudré. (Claude Bas, Françoise Lomon).

· 16 juin 1763. Pierre-Etienne Bas. Amant Bas, Marie-Jeanne Vatin. (Léonard Topin, Marie-Josèphe Gain).

· 10 février 1764(*). Marie-Joséphe-Pacifique. Charles Vatin, Marie-Josèphe Daudré. (Jean Vatin, Marie-Magdelaine-Rosalie Lomon).

· 22 février 1764. Benjamin Grain. Jean-Louis Grain, Marie-Hélène Vitasse. (François Langlet, fils de feu Louis Langlet et de Marie-Jeanne de Villers, de Beaurevoir; Marie-Magdelaine Payen).

· 14 mars 1764. Amant-Fidel Leclerc. Jean Leclerc, Catherine Bas.

· 23 juillet 1764. Philippine-Eusébie Bas. François Bas, Marie-Thérèse [  ? ]. (Ch. Hubert, Marie Damaye).

· 29 août 1764. Jean-Louis Bas. Louis Bas, Marie-Anne Daudré. (Pierre-Joseph Plateaux, Marie-Thérèse Hubert).

· 5 janvier 1765. Pierre-Siméon Courtois. Pierre Courtois, Marie-Reine Vitasse.

· 4 février 1765(*). Florentine Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse. (Guille, Colombel).

· 21 avril 1765. Charles-Henri Lesourd. Jacques Lesourd, Susanne Puillarre. (Honoré Bas...)

· 27 avril 1765. Marie-Joséphe-Victorice (sic) Malezieux. Augustin Malézieux, Marie Le Breaux.

· 16 juillet 1765. Prudence Grain. Jean-Louis Grain, Marie-Hélène Vittasse.

· 9 septembre 1765. Pierre Bas. Amant Bas, Marie-Jeanne Vatin.

· 27 octobre 1765. Marie Fontaine. Michel Fontaine, Magdelaine Vittasse. (Pierre [ ? ], Marie-Anne Damaye).

· 25 avril 1766. Augustine-Rosalie Malezieux. Augustin Malezieux, Marie Biseaux.

· 4 juin 1766. Jean-Charles Courtois. Pierre Courtois, Reine Vitasse.

· 3 décembre 1766. Jean-Baptiste Fontaine. Michel Fontaine, Magdelaine Vitasse.

· 4 janvier 1767. Marie-Madeleine-Victoire Bas. Louis Bas, Marie-Anne Daudré.

· 25 janvier 1767. [ ? ], fille de Jean-Louis Grain, Marie-Hélène Vitasse.

· 3 avril 1767. Louis-Alexis Vitasse. Alexis Vitasse, Marie-Françoise Vatin. (Louis-Hinneaux, de Beaurevoir; Thérèse Vatbled).

· 13 août 1767. Pierre-Joseph Ydron. Simon Ydron, Jeanne-Catherine Vitasse.

· 4 octobre 1767(*). Marie-Thérèse Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse. (François Vatin, Marie-Thérèse Boucher).

· [ ? ] fille de Pierre Courtois, Reine Vitasse, (Nicolas Fontaine, Geneviève Boucher).

· 26 février 1768(*). Marie-Magdelaine Fontaine. Michel Fontaine, Marie- Magdelaine Vitasse. (Maillet, Berlémont).

· 11 mars 1768. Florian Vatin. Charles Vatin, Barbe Caron.

· 26 avril 1768. Jean-Louis Grain. Jean-Louis Grain, Hélène Vitasse.

· 4 mars 1769. Jean-Baptiste Lomon. Félix Lomon, Susanne Laguache.

· 5 mars 1769. Charles Vatin. Charles-François Vatin, Marie-Barbe Caron.

· 7 mars 1769(*). Jean-Baptiste Fontaine. Michel Fontaine, M.-M. Vitasse. (Boucher, Malézieux).

· 10 juillet 1769. Louis-Joseph Courtois. Pierre Courtois, Marie-Reine Vitasse.

· 17 juillet 1769. Marceline Bas. Amant Bas, M.-J. Vatin. (Louis Courtois, de Joncourt ; Marie-Magdelaine Grain, id.).

· 6 janvier 1770. Pierre-François Vatin. Jean-Charles Vatin, Marie-Barbe Caron.

· 28 avril 1770. Marie-Reine Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse.

· 4 décembre 1770. Hamélie Comon. Félix Comon, Susanne Iachaque (sic).

· 1er septembre 1771(*). Marie-Elisabeth Vatin. Charles Vatin, Marie-Barbe Caron. (Hubert, Lhomont).

· 20 novembre 1771(*). Marie-Josèphe Courtois. Claude Courtois, Françoise-Anne Vitasse. (Plateau, Marin).

· 16 février1772. Augustine Boucher.André Boucher, Michelle Segart.

· 11 avril 1772. Athanase Bas. Louis Bas, Marie-Anne Daudré.

· 11 mai 1772. Joseph Courtois. Claude-Courtois, Marie-Anne-Angélique Duproix.

· 19 août 1774. Jean-Baptiste Courtois. Marie-Anne-Angélique Duproix.

· 28 août 1774(*). Marie-Reine Vatin. Marie-Reine Duproix. (L.-J. Maillet, M.-S. Cerme).

· 31 octobre 1774(*). Charles Delaporte. Charles Delaporte, Marie-Josephe-Hélène Malezieux. (Quentin Marotte, de Jeancourt ; Cécile Damaye).

· 16 mars 1775(*). François-Jérôme (Vatin). Marie-Barbe Caron, (Jean Fontaine, M.-L. Hurier).

· 25 septembre 1776(*). Marie-Joséphe-Catherine (Courtois). Marie-Anne-Angélique Duproix. (Ch.-A. Dhéry, Rose Herbert).

· 23 octobre 1776(*). Marie-Hélène-Rosalie Delaporte. Charles Delaporte, Marie-Hélène Malézieux. (Etienne Malézieux, Rosalie Hurier).

· 25 mai 1777(*). Pierre-Joseph Vatin. Louis-Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix. (Jean Fontaine, Marie-Françoise-Scolastique Lhomont).

· 25 juin 1778. Jean-Eloi Bas, Amélie Vatin, Jean-Louis Bas.

· 15 novembre 1778. Marie-Josèphe Vatin. Marie-Anne Grain, Alexis Vatin.

· 10 janvier 1779. Marie-Reine Ydron. Siméon Ydron, Jeanne-Catherine Vitasse.

· 12 janvier1779. Marie-Catherine-Julie Courtois, Claude Courtois, Marie-Anne-Angélique Duproix.

· 4 mars 1779. Marie-Joséphe Vatin. Charles Vatin, Marie-Barbe Caron. (d'Hargicourt).

· 11 mars 1779. Joseph-Dominique Vatin. Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix.

· 15 mars 1779. Jean-François Bas. Henriette-Susanne Bruyon (de Bohain), Pierre-Louis Bas.

· 20 avril 1779. Etienne-Joseph Grin. Jean-Louis Grin (de Jeancourt), Marie-Heleine Vitasse.

· 24 juin 1779. Jean-Baptiste Gaveriaux. Nicolas Gaveriaux, Judith Bas.

· 26 octobre 1779. Jean Baudoin. Honoré Baudouin, Marie Leloir.

· 3 novembre 1779. Louis-Joseph Bas. Eusèbe Bas, Augustine Bas.

· 26 novembre 1779. François-Geneviève Delaporte. Charles Delaporte, Marie-Josèphe-Hélène Malezieux.

· 25 avril 1780. Marie-Magdeleine-Angélique Vatin. Louis-Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix

· 28 juillet 1780. Marie-Anne-Angéliqae Bas. Jean-Louis Bas, Amélie Bauduin.

· 29 novembre 1780. Marie-Joachime Courtois. Claude Courtois, Marie-Anne Duproix.

· 6 février 1781. Marie-Josèphe-Esther Vatin. Alexis Vatin, Marie-Anne Grain.

· 13 avril 1781. Marie-Henriette Bas. Pierre-Louis Bas, Henriette-Susanne Bruyon.

· 28 juillet 1781. Rosalie-Esther Bas. Louis-Joseph Bas, Augustine Bas.

· 11 septembre 1781. Charles Vatin. Charles-François Vatin, Marie-Barbe Caron.

· 4 mars 1782. Joseph-Stanislas Generaux. Nicolas Generaux, Marie-Judith Bas.

· 23 mai 1782, Louis-Joseph Vatin. Louis-Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix.

· 16 août 1782. Pierre-Louis-Achari (Sic) Bas. Jean-Louis Bas, Anne Bauduin.

· 13 novembre 1782. Pierre-Joseph Bas. Pierre-Louis Bas, Henriette Bruyon.

· 15 janvier 1783. Marie-Thérèse-Gabrielle Courtois. Claude Courtois, Marie-Anne Duproix.

· 27 février 1784. jean-François Lesourd. Jean-Louis Lesourd, Marie Josephe Bas.

· 19 mars 1784. Amant-Fidèle-Constant Bas. Pierre-Louis Bas, Susanne-Henriette Bruyon.

· 30 mars 1784. Pierre-Louis Vatin, Alexis Vatin, Marie-Anne-Rosalie Grain

· 17 septembre 1784. Marie-Josèphe-Victoire Generaux. Nicolas Generaux, Marie-Judith Bas,

· 31 décembre 1784. Jean-François-Albert Duproy. Albert Duproix, Anne-Françoise Courtois

· 7 janvier 1785. Charles-Louis-Joseph Vatin. Louis-Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix

· 23 janvier 1785. Pierre-François Bas. Jean-Louis Bas, Amélie Baudoin.

· 10 avril 1785. Jean-Daniel Bas. Louis-Joseph Bas, Marie Carlier

· 7 mai 1785. Charles-Louis Bas. Louis-Joseph Bas, Marie-Susanne Bas.

· 23 mai 1785. Marie Bas. Louis Bas, Marie-Barbe-Rosalie Legrand.

· 3 janvier 1786. Daniel-Joseph Bas. Jean-Louis Bas, Amélie Baudoin.

· 18 février 1786. Jean-Henri-Auguste Bas.

· [texte photocopié trop au bord de la feuille], Louis-Joseph Bas, Augustine Bas

· 21 février 1786. Jean-Baptiste-Auguste Lesourd. Charles-Louis Lesourd, Marie-Josephe-Esther Bas.

· 26 mai 1786. Pacifique-Esther Grain. Jacques-Jacob Grain, Marie-Joseph-Pacifique Vatin.

· 22 septembre 1786. Marie-Catherine-Victoire Louchard. Jean-Baptiste Louchard, Emilie Dégremont.

· 3 janvier 1787. Manuel Bas. Pierre-Louis Bas, Henriette-Susanne Brion.

· 28 janvier 1787. Jean-Auguste Bas. Louis-Joseph Bas, Marie-Catherine Carlier.

· 6 février 1787. Marie-Judith Generaux. Nicolas Generaux, Marie-Judith Bas.

· 3 mai 1787. Jean-Louis Bas. Louis-Joseph Bas, Marie-Susanne Bas.

· 27 août 1787. Marie-Véronique. Claude Courtois, Marie-Anne-Angélique Duproy.

· 13 décembre 1787. Jean-Baptiste Bas. Louis-Joseph Bas, Augustine Bas.

· 20 janvier 1788. Marie-Savine Bas. Jean-Louis Bas, Amélie Baudoin.

· 3 février 1788. Josèphe-Florentine Lesourd. Jean-Louis Lesourd, Marie-Joseph-Esther Bas

· 4 avril 1788. Augustine-Joséphine Bas. Pierre-Louis Bas, Henriette-Susanne Brion.

 RÉSUMÉ DES ACTES DE DÉCÈS ENREGISTRÉS A NAUROY AVEC UNE FORMULE INDIQUANT QUE LE DÉFUNT ÉTAIT PROTESTANT (1759-1788)

· 23 août 1759. Marie-Reine Bas, un mois. Louis Bas, Marianne Daudré.

· 1er février 1760. Prudence Grain, sept mois. Jean-Louis Grain, Marie-Hélène Vitasse

· 10 février 1766. Romain Potentier, 7 ans. Feu Romain Potentier, Marie-Hélène Vitase.

· 29 février 1766. Marie-Anne Bas, 5 ans.Amant Bas, Jeanne Vatin.

· 20 mars 1769. Jean Vatin, 15 jours. Charles Vatin, Marie-Barbe Caron.

· 8 janvier 1770. Pierre-François Vatin. Charles Vatin, Marie-Barbe Caron.

· 1er mai 1778. Pierre-Joseph Vatin, un an. Marie-Reine Duproix, Louis-Joseph Vatin (sic)

· 17 mars 1779. Dominique-Joseph Vatin, 6 jours. Pierre-Joseph Vatin, Marie-Reine Duproix

· 22 juillet 1782. Etienne-Joseph Grain, 3 ans. Jean-Louis Grain, Marie-Hélène Vitasse

· 5 septembre 1782. Joseph-Stanislas Generaux, 6 mois. Nicolas Generaux,Marie-Judith Bas

· 19 août 1783. Jean-Baptiste Generaux. Nicolas Generaux, Judith Bas.

· 2 mai 1784. Amant-Fidèle-Constant Bas, 2 mois. Pierre-Louis Bas, Susanne-Henriette Bruyon

· 30 septembre 1784. Marie-Josèphe-Victoire Generaux, 15 jours. Nicolas Generaux, Judith Bas

· 1er février 1785. Pierre-François Bas, un mois. Jean-Louis Bas, Amélie Baudouin

· 10 mars 1786. Charles-Louis Bas, 10 mois. Louis-Joseph Bas, Marie-Susanne Bas

· Enfant en bas âge.

· Enfant en bas âge.

· 11 septembre 1787. Marie-Véronique Courtois, 15 jours. Claude Courtois, Marie-Anne Duproi

· 23 septembre 1787. Manuel Bas, 8 mois. Pierre-Louis Bas, Henriette-Susanne Brion

· 20 mars 1788. Henri Bruion, 27 ans, époux de Marie-Magdeleine Hurier.

VII

ARRÊT DU PARLEMENT DE PARIS POUR LA RÉFORMATION DES ACTES DE BAPTEME A HARGICOURT, JEANCOURT, NAUROY ET RONSSOY. (Archives nationales, section judidaire, cote X1b 4053),

7 mars 1778

Labbé,

Vu par la Cour la requête a Elle présentée par Jean-Mathieu Gambier, Louis Blin, Pierre Caron, Philippe Blin, Jacob Trocquemée l'aîné, Jacob Trocquemée le jeune, Charles Trocquemé, Jean-François Trocquemée, François Molmet, Pierre Trocquemé, Mathieu Trocquemée, Charles Blin, Jean Blin, Mathieu Trocquemé père, Mathieu Trocquemé le jeune, Jean-Louis Drucbert, Denis Drucbert, Jean-Louis Loy, Isaac Trocquemée, Madelaine Baudelot veuve de Théodore Gambier, Jacques Dupin, Joseph Drancourt, François Blin, Pierre Le Roy, Jacques Farée, Christophe Gambier, Philippe Trocquemée, Pierre Le Roy le jeune, tous habitans domiciliés dans la paroisse d'Hargicourt, diocèse de Noyon, baage de Saint-Quentin ;

Charles-Antoine Delaporte, Joseph Dathy, Jean-Louis Cartier, Charles Toffin, Louis Toffin, Louis Dathy, tisserand, Etienne Cappart, Antoine Masse, Jacques Lenain, Marie-Barbe Bruhyer, veuve de Jean Dolhen, Jean-Baptiste Le Roy, tous habitans domiciliés dans la paroisse de Jeancourt, même diocèse de Noyon et baage de Saint-Quentin ;

Michel Fontaine, Charles Delaporte, Claude Courtois, Charles Watin, Louis-Joseph Watin, tous habitans domiciliés dans la paroisse de Nauroy, diocèse de Noyon et baage de Saint-Quentin ;

Jean-Louis Flament, Emmanuel Gambier, N. Hocquet, Louis Usebe, Jean de Laigle, Etienne-Joseph Drancourt, Laurent Charlet, Pierre Charlet, Jean Delatre, Louis de Laigle, Louis Charlet et Marie-Angélique Delaigle, tous habitans domiciliés dans la paroisse de Ronsoy, baage de Péronne, diocèse de Noyon ;

Ladite à ce qu’il lui plût,

Attendu les irrégularités et vices qui se trouvèrent dans les actes de baptêmes des paroisses d'Hargicourt, Jeancourt, Nauroy et Ronsoy, diocèse de Noyon et baage de Saint-Quentin et de Péronne, soit par les obmissions des noms des pères et mères légitimes desdits enfans, SOIT par l'insertion des mots ILLÉGITIMES, DES OEUVRES, la dénomination de deux pères et autres expressions contraires à la légitimité desdits enfans, a ses prérogatives et aux déclarations de ceux qui ont presenté lesdits enfans au baptême ;

ordonner que pardevant les lieutenans généraux desdits baages de Saint-Quentin et de Péronne, chacun en ce qui est de leur ressort et à la requête des suplians, les substituts de M. le procureur général joints, les pères, mères, parrains et marraines existans desdits enfans et, en cas de décès d'aucuns d'eux, les plus proches parents desdits enfans seront apelés et convoqués pour y faire et signer leurs déclarations des jours de naissances desdits enfans, des noms qui leur ont été donnés, de ceux de leurs pères et mères, et de celui qui aura administré le baptême et en conséquence être lesdits actes de baptemes réformés en ce qui sera contraire auxdites déclarations sur lesdites paroisses d'Hargicourt, Jeancourt, Nauroy et Ronsoy et être rédigés conformément aux déclarations qui seront faittes par lesdits pères, mères, par amis, parrains, marraines, et à leur défaut en cas de décès par lesdits plus proches parents ;

A l'effet de quoy que les doubles des registres des baptêmes, mariages et sépultures en la possession du curé desdites 4 paroisses seront apportés et déposés aux greffe desdits baages de Saint-Quentin et de Péronne chacun en droit soy dans trois jours à compter de celui de la signification qui sera faitte de l'arrêt à intervenir à personne ou domicile, qu'à ce faire seront lesdits curés et tous autres dépositaires desdits registres contraints par toutes voyes, dont du tout seront dressé procès verbaux par lesdits juges et expéditions d'iceux joints à chacun desdits doubles lesdits registres pour y avoir recours en tant que de besoin et en être délivré si besoin est des extraits aux parties intéressées et requérantes ;

Et aussi ordonner que la déclaration du mois d'avril 1736, registrée en la Cour le 13 juillet suivant, sera exécutée selon sa forme et teneur et que conformément à l'article 4 de ladite déclaration il sera fait mention dans les actes des baptêmes des enfans des suplians du jour de leur naissance, du nom qui sera donné à l'enfant, de ceux de ses père et mère, parrain et marraine, et ce en conséquence et conformément aux déclarations de ceux qui présenteront lesdits enfans au baptême ;

Faire défense aux curés et vicaires desdites paroisses et à tous autres de rien innover dans lesdites déclarations sous les peines portées par l'article 39 de ladite déclaration de 1736 ;

Ordonne que l'arrêt à intervenir sera imprimé et affiché ;

Vu les pièches attachées à ladite requête signée Desprez, procureur du procureur général du Roy ;

Ouï le rapport de Me Pommyer, conseiller, tout considéré,

[Ce qui suit est d'une autre écriture] :

La Cour ordonne que pardevant les lieutenans généraux des bailliages de Saint-Quentin et de Péronne chacun en ce qui est de leur ressort et à la requête des suplians, les substituts du procureur général joints les pères, mères, parrains et marraines existans des enfans des suplians et, en cas de décès d'aucuns d'eux, les plus proches parens desdits enfans seront apellés et convoqués pour faire et signer leurs dites déclarations des jours des naissanccs desdits enfants, des noms qui leur ont été donnés, de ceux de leurs père et mère, et de celui qui aura administré le baptême et en conséquence être lesdits actes de baptême réformés en ce qui sera contraire auxdittes déclarations sur les doubles des registres des baptêmes, mariages et sépultures des paroisses d'Hargicourt, Jeancourt, Nauroy et Ronsoy, et être rédigés conformément aux déclarations qui seront faites par lesdits pères, mères, parains et maraines à leurs défaut, en cas de décès par lesdits plus proches parens ; à l'effet de quoy les doubles des registres des baptêmes, mariages et sépultures étant en la possession des curés desdittes quatre paroisses seront aportés et déposés aux greffes desdits bailliages de Saint-Quentin et de Péronne, chacun en droit soy dans trois jours à compter de celui de la signification qui sera faitte du présent arrêt à personne et domicille; à ce faire seront lesdits curés et tous autres dépositaires desdits registres contraints par toutes voyes dont du tout sera dressé procès verbaux par lesdits juges et expéditeurs et iceux joints à chacun desdits doubles desdits registres pour avoir recours en tant que de besoin et en être délivré des extraits aux parties intéressées et requérantes ;

Comme aussi ordonne que la déclaration du mois d'avril mil sept cent trente six, registrée en la Cour le treize juillet suivant sera exécutée selon la forme et teneur et que conformément à l’article quatre de laditte déclaration il sera fait mention dans les actes de baptêmes des enfans des suplians du jour de leur naissance, du nom qui sera donné à l'enfant, de ceux de ses père et mère, parrain et marraine et ce en conséquence et conformément aux déclarations de ceux qui présenteront lesdits enfans au baptême ;

Fait déffenses aux curés et vicaires desdittes paroisses et à tous autres de rien innover dans lesdittes déclarations sous les peines portées par l'article trente neuf de la déclaration de mil sept cent trente six ;

Ordonne que le présent arrêt sera imprimé et affiché.

Fait en parlement le sept mars mil sept cent soixante dix huit.

POMMYER D'ALIGRE.

VIII

DÉCLARATION DU LIEUTENANT GÉNÉRAL AU BAILLIAGE DE VERMANDOIS

POUR LA RÉFORMATION DES ACTES DE BAPTEMES SUR LES REGISTRES DE NAUROY

(22 AVRIL 1778)

Ce jour dhuy, vingt deux avril mil sept cent soixante dix huit, par devant nous Charles-Claude-Antoine Danois, seigneur d'Urvillers, Monguyot, Bavincamps et autres lieux, conseiller du roy, président lieutenant général au bailliage de Vermandois à Saint-Quentin, commissaire enquêteur et examinateur audit siège et en cette partie.

S'est présenté Namuroy, procureur de Michel Fontaine, Charles Delaporte, Claude Courtois, Charles Vatin et Louis-Joseph Vatin, tous fabriquants de toilles demeurants à Nauroy; lequel en exécution de l'arrêt de la Cour du Parlement du sept mars dernier et de notre ordonnance étant au bas de la requête à nous présenté par les susnommés du quatorze de ce mois, scellé le quinze par Mallo, a requis qu'il nous plut tout présentement procéder à la réformation des actes de baptême qui nous seront indiqués dans les registres de ladite paroisse de Nauroy dont les minuttes ont été déposées au greffe de ce siège conformément audit arrêt.

Sur quoy faisant droit nous avons en la présence du procureur du roy de ce siège procédé à la réformation desdits actes comme il suit ;

Sont comparus Claude Courtois, mulquinier demeurant à Nauroy, veuf en première noce de Françoise-Anne Vitasse sa première femme, et Madelaine Vitasse, soeur de laditte deffunte Françoise-Anne Vitasse, femme de Michel Fontaine, mulquinier audit Nauroy aussi présent; Lesquels ont dit que du marisge dudit Claude Courtois avec ladite deffunte Françoise-Anne Vitasse, est né le sept novembre mil sept cent soixante deux Claude Courtois, que les parein et mareine ont été Louis-Joseph Bas, mulquinier à Nauroy, absent du pays depuis environ un an, et Maria-Jeanne Hurtret, demeurante actuellement à Montbrehain et étant dans un état d'infirmité, à défaut desquels s'est présenté Pierre Courtois, mulquinier audit Nauroy, frère dudit Claude Courtois, qui a déclaré avoir connoissance que lesdits Bas et Hurtret avoient présenté ledit Claude Courtois au baptême qui lui a été administré par maître De la folie, curé dudit Nauroy ledit jour sept novembre mil sept cent soixante deux, En conséquence, sur la représentation à nous faite des deux doubles du registre de ladite année, l'acte de baptême dudit Claude Courtois a été réformé conformément à la présente déclaration et ont ainsi signé à la minutte des présentes Claude Courtois, Madelaine Vitasse, Michel Fontaine, Pierre Courtois, Namuroy, Fouquier, Piot et Dartois.

[Signé :] PIOT,

Emolumenté à Saint-Quentin le 1er juin 1778 quatre livres dix huit sols cinq deniers :

Au juge 1 4

P, du roy  16

Namuroy  12

Au greffe  16

 1 10

  5

 ========= ========

 5 3

[Même procédure pour les treize actes marqués d’un astérique sur l’appendice V]

IX

ÉTAT-CIVIL PROTESTANT MARIAGES RÉITÉRÉS A SAINT-QUENTIN LE 26 JUIN 1788

· (1772) Claude Courtois, Marie-Anne-Angélique Duproye.

· (1773) Louis-Joseph Watin, Marie-Reine Duproix.

· (1777) Jean-Louis Bas, Amélie Baudouin.

· Jean-Charles Louchard, Amélie Dégremont.

· Louis-Joseph Bas, Marie-Suzanne Bas.

[La date entre parenthèses est celle de la bénédiction du mariage par un pasteur (app, III).

 X

ÉTAT-CIVIL PROTESTANT DE NAUROY (1788-1789)

Actes de Naissances

· 1er septembre 1788. Abraham Watin (né le 30, baptisé le 31 août). Louis-Joseph Watin, Marie-Reine Duproix. (Charles Delaporte, Jean-Louis Bas, témoins).

· 2 novembre 1788. Suzanne-Honorine Louchard (n. 27 oct.; b. 2 nov.) Jean-Charles Louchard, Amélie Dégremont. (Ch. Delaporte, J.-L. Bas).

· 8 décembre 1788. Joseph-Josué Courtois (n. 4, b. 7). Claude Courtois, Marie-Anne-Angélique Duproye. (Jean-Charles Courtois, fils, Albert Duproye, gendre).

· 16 mars 1789. Jean-Baptiste-Elisée Bas (n. 13, b. 15). Louis-Joseph Bas, Marie-Susanne Bas. (Pierre-Joseph-Jacob Bas, Louis-Alexis Vitasse).

· 7 décembre 1789. Daniel-Joseph Bas (n. 22 nov., b. 29). Jean-Louis Bas, Amélie Baudouin. (Charles Delaporte, Jean-Baptiste Fontaine).

lnhumations

· 13 mai 1788. Marie-Suzanne Bruon, 66 ans. (Charles Louchard, Charles Courtois, ses neveux).

· 28 août 1788. Magdelaine Bas, 80 ans, veuve Etienne Malesieu (Etienne Malésieu, Toussaint Malésieu, ses beaux-fils),

· 18 octobre 1788. Jean-Paul Vatin, 32 ans. (Louis Vatin, Jean-Louis Mascret).

· 26 décembre 1788. Pierre Courtois, 61 ans. (Pierre-Joseph Courtois, Claude Courtois, ses fils).

· 18 janvier 1789. Jean-Louis Legrain, 62 ans. (Jacob Legrain, son fils ; Charles-Antoine Beaudouin).

· 14 octobre 1789. François Vitasse, 88 ans. (Michel Fontaine, son gendre ; Pierre-Joseph Courtois).

· 21 décembre 1789. Michel Fontaine, 68 ans. (Jean-Baptiste Fontaine, son fils ; Charles-Louis Vatin, son neveu).

·

XI

INHUMATION D'UN PROTESTANT A JEANCOURT EN 1767

I

(Sur papier libre)

" Nous soussigné, Paul Fera, Augustin Boinet, Louis-Jacques Fera, Quintin Toffin, Certifions avoir été présent à la mort de Pierre Toffin, âgé de dix sept ans, garsons mulquinit en sons uiuans, il et mort et decedey de sa belle mort dans son lit, le vingt cinq du present mois dauril apres un incomodité et langeur de puis plusieur anné il et retombe d'un mal plus grand qui la suivie jusqua la mort. Le present fait en presence du sindic. Le viengt cinq du mois d'auril present de l'ané mil sept cent soixante sept.

QUENTIN TOFFIN, AUGUSTIN BOINET, PAUL FERA, ANTOINE DELAPORTE, sindite, LOUIS-JACQUES FERA,

II

(Sur papier timbré)

A Monsieur le bailly de la terre de Jeancourt.

" Suplie humblement Louis Toffin, manouvrier demeurant à Jeancourt. Disant que le jour d'hier Pierre Toffin, son fils mineur, âgé de dix sept ans, languissant depuis plusieurs années, est décédé, et que le sieur curé de Jeancourt refuse de l'enterrer sous prétexte qu'il était de la religion prétendüe réformée. Ce considéré, Monsieur, il vous plaise, vu le certifficat des sindics et principaux habitans de Jeancourt, qui prouve que ledit Pierre Toffin est décédé de mort naturelle, ordonner suivant que vous avez accoutumé de faire qu'après sommation faite audit sieur curé de l'enterrer et au cas de refus le corps dudit Pierre, Toffin, sera inhumé en terre profane par Henry-Louis Vinchon, sergent royal au bailliage de Saint-Quentin, que le supliant choisit à cet effet et qui est l'huissier ordinairement employé. De laquelle inhumation sera dressé procès verbal en présence de parens et témoins pour être déposé aux endroits nécessaires déclarant le supliant qu'il fait élection de domicile chez M. Pierre-Paul Carillon, procureur à Saint-Quentin, y demeurant, qui occupera pour luy si besoin est, et sera justice.

" CARILLON ".

Présentée par Jacques Dumés, cejourd'huy vingt six avril 1767, à midy.

III

(Sur papier libre)

"  Cest jour dhuy le vingt septieme jour du moy d'avril de l'année mil sept cent soixante sept, a été enterré en terre profane le nommé Pierre Toffin, fils de Louis Toffin et Marie-Marguerite Mariez, ses peres et meres resident au village de Jeancourt, a été enterré à sept heures du soir, par ordre de madame la ducesse dolene (sic) et dame de Marteuil [Marteville], dame et seigneur de Jencourt et autre lieu. Ledit Pierre Toffin a été enterré en présence de Martin Toffin, garde de madame la ducesse d'Olone et dame de Marteuil, nous certifion le present certificat véritable fait en presence de tesmoin qui ont aporté leur signature.

LOUIS TOFFIN, AUGUSTIN BOINET, JEAN FERRA, CHARLES TOFFIN, JEAN-LOUIS DATIS , CLAUDE BOINET, JACQUES DUMEZ, ANTOINE DELAPORTE, Sindit.

XII

CIMETIÈRE PROTESTANT DE LEUZE (1788)

I

Lettre des procureur et Syndic de l’assemblée de l'élection de Guise.

Guise, 9 Mai 1788.

Monsieur le Sindic de la Municipalité de Leuze,

Suivant l'intention de sa Majesté exprimée en l'article 27 de son édit du mois de novembre dernier et la lettre du ministre du 3 avril dernier vous voudrez bien vous occuper sans différer des moyens de fournir un terrein convenable et décent pour l'inhumation des non catholiques établis dans le district de votre Municipalité, et de faire enclore et limiter dans un état à l'abri de toute insulte tel que doit être un lieu destiné à la sépulture des hommes et des chrétiens.

Comme ces dépenses doivent être a la charge des communautés, vous voudrez bien nous informer des dispositions où est votre communauté et des mesures qu'elle entend prendre pour concourir à l'exécution de l'édit, si elle peut trouver dans sa propriété de quoi former ce cimetière ou si elle se trouve dans le cas d'acquérir un local quel serait le montant de la dépense de l'acquisition, ainsi que celui de la dépense qu'occasionnera la clôture, quelles ressources la communauté pourrait employer pour acquitter ces dépenses, ou si elle ne s'est pas encore conciliée à l'avance et pris des arrangements avec les non catholiques sur la livraison et la convenance du lieu qu'elle leur destine pour un acte aussi indispensable que celui de leur inhumation. Nous attendons incessamment votre réponse d'après l'avis que vous aurez pris de votre assemblée.

Nous sommes, Monsieur le Sindic, vos bien affectionnés les procureur et sindic de l'assemblée d'élection de Guise.

LENGLET, DESMOULINS.

" Vente de Germain à la communauté d'un terrain pour un cimetière protestant " .

Par devant nous, Jean-Baptiste Grimblot, notaire au duché-pairie de Guise, résident à Aubenton, en présence des témoins ci-après nommés et soussignés :

Furent présents Félix Germain, manouvrier, et Françoise Faitro, sa femme, qui l'autorise à l'effet des présentes, demeurant à Leuze, lesquels ont reconnus par cesdites présentes avoir volontairement vendus, cédés, quittés, transportés et délaissés dès maintenant et à toujours avec promesse de faire jouir, valoir, livrer, fournir et garantir de tous troubles, dons, dettes, douaires, hypothèques, évictions, aliénation et autres empêchemens généralement quelconques solidairement l'un pour l'autre, l’un d'eux seul pour le tout, sans division, discution, ni fidéjussion à quoy ils renoncent aux sieurs Michel Carnois, Charles Tonnellier, Nicolas Faitro, Jean-Baptiste Faitro et Jean-Nicolas Mollet, sindic et notables de la municipalité de Leuze à ce présents et acceptants pour et au nom de ladite communauté suivant l'article vingt sept de l'édit du mois de novembre dernier et de la lettre du ministre, du trois avril aussy dernier, c'est à savoir la quantité d'environ quatre verges de terrein, nature de terre labourable, situé audit Leuze, au lieudit la fontaine Godel, tenant d’une lisière du levant à Augustine Bâton, d'autre du couchant au sieur Wament, d'un bout du midy audit vendeur, et d'autre du nord à Nicolas Jumelet, avenue à la vendresse de ses propres ainsy qu'elle l'a déclarée, ledit terrein à prendre dans une piéce de plus grande quantité, lequel se tirera en droite ligne de la haye vive de ladite Bâton vers la terre dudit sieur Wament, pour par lesdits habitans et communauté de Leuze au terme des édits et lettre sus dattés emploier ledit terrein à servir de cimetière aux habitants protestants dudit lieu, dès maintenant et à toujours et autant que ledit cimetière sera autorisé, et au cas qu'il ne le soit plus, il demeurera et appartiendra au profit de ladite communauté sans par lesdits vendeurs en rien réserver, excepter, ny retenir aucune chose généralement quelconques à la charge des droits seigneuriaux, tels qu'ils peuvent être dus envers le seigneur des lieux quittent d'yceux du passé jusqu'à ce jour par les vendeurs et de toutes autres dettes, charges et hypothèques quelconques, la présente vente faite moyennant les deniers à Dieu ordinaire, et pour prix principal la somme de dix huit livres, laquelle des deniers de ladite communauté a été présentement payé comptant, par les acquéreurs ès dits noms en espèces d'écus de six livres ayans cours en ce royaume ainsy que lesdits vendeurs le reconnoissent, les en tiennent quittent, déchargent, et tous autres, et de laquelle susdite vente lesdits vendeurs se sont démis, désaisis et dévêtus au profit de ladite communauté de Leuze, consentants qu'elle en soit saisie vêtue mise et reçue en bonne possession et saisine par qui et ainsy qu'il appartiendra, luy en donnant tous pouvoir. Et à l'instant est comparu le sieur Nicolas Jumelet, cordonnier, demeurant audit Leuze, l’un des habitans protestans, lequel pour procurer une entrée commode et facile au terroir ci-dessus pour leur servir de cimetière a consenti de fournir sur son héritage y tenant un passage toutes et quand fois il en sera nécessaire pour y enterrer ceux des protestans de ladite communauté de Leuze qui décéderont, lequel passage n'aura néantmoins lieu qu'autant que ledit cimetière servira à leur sépulture ; autrement la servitude du passage cessera, et pour indemnité d'iceluy passage les acquéreurs ès dits noms consentent que ledit Jumelet jouisse des herbes que ledit terrein produira, et pour se conformer audit édit, ledit Jumelet et Jean Bâton intervenant se sont obligés tant en leurs noms que pour les autres protestans dudit lieu et pour éviter une plus grande dépense à ladite communauté, de faire planter à leur frais une haye vive sur ledit héritage vers le midy et le couchant, de manière qu'il soit bien clos de toutes parts, promettants, obligeants, renonçants, consentants, etc. Fait et passé audit Leuze, au logis et domicile audit sieur Mollet, greffier de la municipalité où se tiennent les assemblées ordinaires, l'an mil sept cent quatre vingt huit, le premier juin avant midy, en présence d'Antoine Chapellart, sergent, et François Cabaret, maréchal ferrant, demeurants à Aubenton, témoins trouvés audit Leuze, et à ce requis à défeau d'un second notaire qui ont signé avec tous les susnommés et nous notaire susdit après lecture faite. Ainsy signé en la minutte des dittes présentes.

GERMAIN, CARNOY, MOLET,

N. FETRO , TONNELLIER, JUMELET, BATON, CHAPPELLART, CABARET, GRIMBLOT.

Au bas de la minutte desdites présentes est écrit : contrôlée et insinuée à Aubenton, le trois juin mil sept cent quatre vingt huit, par et signé Grimblot, qui a reçu vingt deux sols six deniers de droit

GRIMBLOT,

(Pièces communiquées par M, Toupet, maire de Leuze, en 1895, Sur parchemin, grand format, timbré à quatre sols),

XIII

PASTEURS ET MISSIONNAIRES NÉS DANS LA PAROISSE DE NAUROY

· BRIATTE (Jean-Baptîste), né à Serain vers 1745, pasteur en Picardie (1771), à Sedan, Cadsand, Namur, Hodimont ; mort prisonnier à Maestricht (1793).

· COCHET (Louis), né à Montbrehain (1815), missionnaire chez les Béchuanas au sud de l'Afrique (1845), mort à Béthesda (1876).

· DUPROIX (Joseph), né à Nauroy (1810), mort à Crassier (1871).

· DUPROIX (Louis), né à Nauroy (1812), mort à Tlemcen (1882).

· DELBART (Auguste), né à Montbrehain (1818), aumônier des déportés, décédé en l'île de Ré (1886).

· COCHET (Erasme), né à Montbrehain (1831).

· QUIÉVREUX (Elie), né à Serain (1832), pasteur au Cateau.

· VERNES (Charles), né à Nauroy (1844), pasteur à Paris.

· LACHERET (Elisée), né à Serain (1851), pasteur à Paris.

· COCHET (Irénée), né à Nauroy (1852), mort à Alger (1882).

· LACHERET (Samuel), né à Serain (1859), pasteur à Delft.

· QUIEVREUX (Aquilas), né à Serain (1864), pasteur à Lille.

·

XIV

PASTEURS AYANT EXERCÉ LEUR MINISTÈRE DANS LA PAROISSE DE NAUROY DEPUIS 1838

· 1838. DAUGARS (Guillaume-Gustave).

· 1840. CABANIS (Pierre).

· 1841. VERNES (LouiS).

· 1851. LARCHER (Charles) + 1896.

· 1852. BLIN (Aimé).

· 1855. GOULARD (Jacques).

· 1859. LARCHER (Adolphe) + 1899.

· 1871. MARCHAND (Paul) + 1896.

· 1877. BUREAU (François).

· 1883. CORNET-AUQUIER (Arthur).

· 1893. PANNIER ( Jacques).

· 1895. BEUZART (Paul).

La date est celle de la nomination par le gouvernement (Voir la Chronique du Consistoire, par M. Daullé, p. 42).